océan express

La sobriété s’exprime tout en douceur sur la couverture mate de la nouvelle bande dessinée de François Ayroles Océan express parue chez L’Association. Une petite touche de jaune accompagne le noir, le bleu et le blanc qui prédomine sur cette dernière. Elle nous offre une mise en contact direct avec les deux principaux protagonistes de cette étonnante histoire.

C’est effectivement avec force et fracas qu’Adèle et Julien vont faire connaissance. Enfin, connaissance est un bien grand mot, ils se percutent frontalement alors qu’ils se précipitent avec élan pour attraper l’océan express qui doit les emmener en bord de mer pour le week-end. Le trajet se passe plutôt bien. L’adolescente est assise à côté d’une gamine plongée dans un roman que lui a offert son grand-père et le jeune homme d’une femme introvertie qui n’a nullement l’envie de sortir de sa bulle pour discuter de la pluie et du beau temps. Arrivés à Bagatelle-sur-mer, les jouvenceaux s’activent pour dénicher un véhicule et rejoindre la pension qui doit les accueillir le temps d’un congé. Au moment où ils se changent pour se rendre à la plage, ils s’aperçoivent qu’ils ont interverti leur sac de voyage lors de leur accrochage. Si la demoiselle a la volonté de rendre le bagage à son propriétaire, le malchanceux, quant à lui, se retrouvant sans argent espère qu’il pourra se faire un peu de thune en les revendant… C’est à ce moment-là que l’action débute vraiment.

L’auteur nous livre un récit incroyable en partant d’une intrigue qui aurait pu sembler banale. Pourtant, il a su me tenir en haleine de la première page à la toute dernière. Suivre le duo dans les dédales de cette petite ville balnéaire est divertissant et vivifiant. On est tenté de s’asseoir en terrasse, commander un petit Côtes de Provence, un pastis, une Marquisette ou soyons fous un Perrier. J’aurais pu pousser mon zèle encore plus loin et profiter de ce moment de détente en relisant En terrasse d’Ayroles. Adossé à notre siège, protégé du soleil grâce à un parasol, on se voit embarquer dans la course poursuite qui anime nos deux lascars et on se laisse entraîner dans leurs folles expéditions. C’est avec amusement que nous suivons leurs diverses rencontres avec des autochtones un tantinet singuliers, mais débordant de gentillesse qui tentent, tant bien que mal, de les accompagner dans cette drôle d’épopée. Ils sont souvent au même endroit, jamais au même moment, parfois on aimerait les interrompre dans cette course-poursuite, qui n’en est pas vraiment une en soi, pour qu’enfin leurs regards se croisent et qu’ils terminent leurs vacances ensemble… Mais si on faisait cela, le récit n’aurait plus de sens et ça perdrait de son attrait ! 

J’aurais aimé terminer ma chronique en vous révélant l’exercice de style détonnant que François Ayroles a appliqué à la réalisation de sa fabuleuse bédé, mais là encore je vous enlèverai tout le plaisir de le découvrir par vous-mêmes. Je devine que certains sont extrêmement frustrés, voire agacés par mes propos. D’autres seront intrigués et vont courir l’acheter (comme je les comprends). Les derniers, blasés, ne feront même pas cas de mes élucubrations ! Qui a raison, qui a tort ? Je ne me permettrai pas de vous juger. Je reprends un petit verre de rosé, me plonge une nouvelle fois dans cette aventure et m’absorbe avec complaisance dans cette mise en page pleine de surprise, autant à gauche qu’à droite. Allez, j’en ai déjà trop dit !           

Chronique de Nathalie Bétrix

© L’Association, 2023.

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