MONSIEUR APOTHÉOZ

Monsieur Apothéoz c’est d’abord un titre qui claque et une couverture ultra-efficace mais aussi et surtout un divertissement déstabilisant et graphiquement sublime.

C’est la première collaboration entre Julien Frey et Dawid, illustrateur de la mémorable série jeunesse intitulée « Supers » avec Frédéric Maupomé mais également de titres pour les primo-lecteurs assez exceptionnels publiés par Les éditions de la Gouttière Pour Vents d’Ouest, chez Glénat, ils ont composé un one shot généreux à destination d’un public adulte dans lequel ils nous entraînent dans des péripéties délirantes et prenantes.

Ils nous présentent Théo, un jeune trentenaire persuadé que son nom de famille porte la poisse et qui du coup n’entreprend rien. C’est un mec un peu loser, un peu énervant et complètement à côté de la plaque. Pour gagner sa vie, il s’occupe de personnes âgées.  Il se déplace sur un scooter has been mais stylé. Il fait la connaissance d’Antoine Pépin, fils d’un écrivain célèbre et auteur à succès qui écrit des livres de développement personnel enfin c’est ce que tout le monde croit. Ils ont des atomes crochus, deviennent amis, confidents et c’est avec plaisir que nous allons suivre leurs aventures délicieusement immorales.

Julien Frey met en scène une espèce de fable pas très réaliste qui ne cesse de s’emballer et alterne parfaitement humour noir, effets de surprise et instants tragiques. Le lecteur est parfaitement hameçonné par une intrigue bien ficelée qui dérape habilement. Il brosse des personnages peu nombreux mais attachants bousculés par le temps qui passe et des événements pas très drôles qui pourraient néanmoins arriver à n’importe qui. 

Le découpage de Dawid est varié et judicieux tout autant que les phylactères arrondis et sans contours. Il utilise une typographie qui se marie astucieusement à son dessin dynamique et plaisant. Le trait est élégant et légèrement caricatural. Le cahier graphique qui accompagne le récit est riche d’indications sur la technique d’un illustrateur qui signe une fois de plus une prestation remarquable. Son dessin traditionnel est du plus bel effet, l’encrage est délicat et la gamme chromatique pleine de nuances. Pour les séquences sombres, il utilise des couleurs désaturées qui génèrent des ambiances vraiment singulières. L’artiste glisse de nombreux détails et une fois encore des clins d’œil sympathiques aux collègues, amis, et éditeurs qu’il apprécie. Il a réalisé pour ce livre dessiné des montages Photoshop inventifs qui fonctionnent très bien.

Les bédéistes signent un one shot qui s’achève sur une conclusion brillante et tient toutes ses promesses. Ils nous permettent de passer un excellent moment grâce à un ton décalé et savoureux tout en évoquant mine de rien des sujets universels, la famille, l’amour….

Chronique de Stéphane Berducat.

©Glénat, 2023.

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