Merel

Il faut que je vous parle de Merel. Ce roman graphique, aussi décalé qu’abouti, est venu me remuer et allumer l’étincelle des lectures marquantes. Merel est une femme quinquagénaire sans enfant, qui habite la campagne de la Flandre belge. Elle va subir l’animosité des villageois qui se montent petit à petit contre elle. À 25 ans, la talentueuse autrice belge Clara Lodewick publie ainsi son premier album, aux éditions Dupuis, dans la nouvelle collection « Les Ondes Marcinelle ». Elle combine un ton juste, celui d’une chronique sociale avec une pointe dramatique, et un style graphique de caractère, qui participe à ancrer le récit dans son territoire et à lui donner une identité forte et unique. L’histoire, immersive, rappelle les « desperate housewhive » désœuvrées – sans toute l’extravagance américaine. Elle est de celles qui nous tiennent en haleine jusqu’à la dernière page.

L’autrice nous plonge dans un univers rural dès la première page. Merel est un personnage complexe, hors norme. Elle aime la bière, le foot, sur lequel elle rédige des articles pour le journal local, et, plus que tout, les oiseaux qui peuplent sa basse-cour. De jalousie en commérage, une rumeur enfle dans le village.  Victime de rejet et de harcèlement, Merel pourrait sombrer dans une spirale de déchéance. Les enfants s’engrènent… Mais un garçon, Finn, dépasse sa peur pour aller parler à Merel. Est-ce que cela va virer au drame ? Dans cette traversée du désert, Merel a deux soutiens, son compagnon et sa mère. Finn, de son côté, doit faire face à la dureté de sa mère, et trouve auprès de Merel une échappatoire. Colère, dégoût, tristesse, angoisse… Le scénario fait la part belle aux émotions. Finn sera-t-il la clé qui débloquera une situation envenimée ?

Il y a des images qui vous immergent immédiatement dans une ambiance, vous ramènent avec force à un voyage, un pays visité. Ainsi, il n’aurait pu être choisi palette plus appropriée pour nous transporter en région flamande, en ce plat pays qui n’en est pas un, dans ces paysages uniques composés de prairies, rivières, étangs, mares, arbres têtards, constructions en brique ou en torchis, à tuile rouge, volets en Z et soubassements sombres. Les couleurs sont franches et délicatement passées : rouge brique, vert de gris, vert sapin, brun, rosacé… Les traits simples nous renvoient des visages sans fards, des vêtements sans chichi des classes populaires – gros pull et chaussures de rando pour Merel, chemise country pour la mère de Finn, veste de jogging de la couleur du club de foot. Les traits des visages sont simples mais expressifs. Le découpage en multiples vignettes s’attache aux détails du quotidien et contribue au rythme, tout comme les planches sans parole.

On ne peut qu’être emporté par ce récit qui respire le vrai, le naturel, met au jour les faux-semblants. Qui appelle à s’ouvrir à l’autre, à dépasser ses préjugés, à apprécier son prochain plutôt que de juger ou médire. C’est finalement par le regard d’un enfant que l’on arrive à toucher du doigt notre humanité.

Une sélection pour le fauve d’or au FIBD largement méritée.

Chronique de Mélanie Huguet – Friedel

© Dupuis, 2022.

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