Le chant du temps inversé

Le chant du temps inversé, c’est une petite boutique d’art toys. C’est une page de l’histoire de Pandora, qui y travaille pour son oncle. C’est une jolie bande dessinée, dans le style manga : un traitement noir & blanc, la rencontre de deux adolescents, un format facile à prendre en main, et une lecture à l’occidentale, plus accessible. Mais surtout, c’est un récit qui prend corps et se veut subversif. Quelques scènes érotiques, le pétard à la bouche, un langage parfois sans filtre… Cependant l’auteur, Galaad, nous offre aussi beaucoup de douceur, de naturel et de pudeur, loin des stéréotypes, et nous montre qu’il sait varier les styles après une première réalisation en Comics américain. La maison d’édition Dupuis ne s’y est pas trompée.

Quand Paul franchit la porte du petit magasin où il vient en habitué, il découvre la nouvelle vendeuse, et entame la conversation. Pandora se déguise, elle aime lire comme lui, a les mêmes références en musique, jeux vidéos… Petit à petit, un lien se crée autour de cette rencontre. Que cache Pandora derrière son rire et ses espiègleries ? Pourquoi a-t-elle lâché l’université ? Va-t’elle entraîner Paul vers un comportement décadent ? Ou plutôt l’accompagner dans un parcours initiatique ? Cette relation n’est-elle que chimère, alors que Pandora a déjà un copain ? L’album nous plonge avec délice dans le monde des adolescents parfois secret, leurs lectures, leurs passe-temps, leurs taquineries… Leur franc-parler aussi, quand il s’agit de l’oncle coureur de jupon, des poils sous les bras (Avec cette phrase qui claque : « On n’est pas dans un porno, je fais ce que je veux »), ou d’émotions plus profondes et refoulées. A sa mère qui lui reproche insouciance et désinvolture, Pandora lui répond : c’est tout ce qu’il me reste ». La colère explose en soirée, laissant très vite place à un vent de désir et de joie. Mais la douleur revient et peut faire mal autour d’elle, surtout pour un garçon timide comme Paul. Pandora va-t-elle réussir à sortir du déni et franchir l’épreuve qu’elle traverse ?

Le trait, simple et souple, enrichi d’ombres gris claires, arrondies, apporte de la douceur à l’album, tout en transmettant la grande liberté et la fraîcheur qui vibre chez nos jeunes protagonistes. Les personnages sont dessinés dans de belles proportions, les émotions des visages finement travaillées. Le découpage, classique, laisse une place généreuse à chaque case, permettant de profiter de ce dessin aéré, aérien. On s’accroche aux sourires ravageurs et aux regards tantôt pétillants, tantôt hésitants… Les scènes intimes jouent sur la suggestion, non sans humour. Les détails raviront les lecteurs, du nail art viril aux dessins sur les T-shirts, des petites figurines décoratives aux lampions dans le ciel nocturne.

Derrière l’amour naissant et les fantasmes réalisés, Le chant du temps inversé est avant tout une histoire de résilience face au traumatisme, pour retrouver le bonheur et l’équilibre. Ouvrir la boite de Pandore de ses émotions, les accepter, pour pouvoir avancer.

Chronique de Mélanie Huguet-Friedel.

© Dupuis, 2022.

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