La dernière reine

La dernière reine est une fresque naturaliste somptueuse, la création d’un montagnard fier, talentueux, combattif et au sommet de son art.

Cet opus lui ressemble, c’est un diamant brut et magnifique, l’œuvre d’un homme entier, peu consensuel et engagé comme on les aime car Jean Marc Rochette ne compose jamais et c’est pour ça qu’il agace ou qu’on l’adore.

Il porte des valeurs fortes et certains combats lui collent à la peau, un antimilitarisme viscéral, la défense des auteurs sur un marché de l’art impitoyable et une écologie chevillée au corps. Le bédéiste milite aussi ardemment pour que chaque espèce puisse occuper sa place dans l’écosystème.

Dans cet album édité par Casterman, on ressent bien évidemment son attirance pour les grands espaces, la sculpture, la peinture et l’écriture.  Ses passions confondues servent de toile de fond à un script généreux.

 Malgré une apparente sobriété, l’ouvrage regorge de finesse, il contient des références nombreuses mais également une tonne de clins d’œil qui nécessitent parfois plusieurs lectures pour être tous entrevus et compris.

Mais la dernière reine, c’est surtout une histoire d’amour, une idylle entre un garçon sans père, un grand gaillard mutilé de guerre Edouard Roux et Jeanne Sauvage une sculptrice animalière douée et empathique. Elle lui rendra un visage. Il lui fera découvrir la magie d’une terre nourricière et protectrice.

Avec Jean marc Rochette, une fois de plus, le lecteur prend de la hauteur, on s’écarte des sentiers balisés et on oublie tout le reste. On est happé par des images immersives qui collent parfaitement à une nature hostile. L’œil de l’artisan est affûté et le coup de crayon agile. Il connaît comme sa poche le cadre de son récit et ses habitants qu’il a observés, dessinés et sculptés. Son dessin est à la fois sauvage, élégant, dynamique et le choix des couleurs percutant et habile. Sa technique, son savoir-faire impressionnent et donnent vie à un roman graphique vertigineux.

L’artiste sait y faire pour que les mots disparaissent furtivement et laissent peu à peu la voie libre à la contemplation.

La dernière reine c’est le message d’un homme libre, un livre dessiné un peu spirituel, militant et prophétique qui nous exhorte à nous reconnecter à une nature qui a tant à nous offrir.

C’est ma BD préférée de 2022 car elle est aussi convaincante sur le fond que sur la forme et c’est assurément le livre le plus abouti que j’ai lu cette année.

Chronique de Stéphane Berducat.

© Casterman, 2022.

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