Le serpent et le coyote

La team Matz/ Xavier nous convie entre deux cycles de Tango à un savoureux road trip en camping-car à travers les États-Unis. Dans ce one shot généreux et plaisant intitulé Le serpent et le coyote, ils se sont inspirés du programme de sécurité des témoins imaginé par Gérald Shur. Il a été mis au point et perfectionné au fil du temps pour mettre la mafia à genoux. L’auteur s’est plongé dans les livres et fims qui traitent de cette thématique afin de concevoir un opus musclé, excitant et un personnage à la fois crédible et énigmatique.

Matz a imaginé un acteur au fort tempérament, un bonhomme grisonnant au sombre passé qu’il nous dévoile subtilement, par petites doses. On réalise assez vite que Joe n’est pas un enfant de cœur, il a à ses trousses des brigands résolus à l’abattre ce qui est assez logique. C’est un repenti calculateur, en alerte constante. Il est instinctif, impitoyable et redoutable. Ce voyageur indépendant et méfiant semble avoir accepté son sort. Il connaît le prix à payer et il n’est pas disposé à rendre les armes alors quand on le colle d’un peu trop près, tous les coups sont permis.

Notre héros semble préférer la compagnie des animaux, il se prend d’affection pour un quadrupède auquel il confiera ses réflexions, un procédé narratif astucieux qui permet au scénariste une entrée en matière originale. Pour le reste, il use de flash-back afin de nous conter une trajectoire et un destin bien singulier, celui d’un gaillard qui a peu à peu glissé dans le grand banditisme, qui en a bien profité et qui a tout mis en œuvre pour sauver sa peau.

Le script contient tous les ingrédients nécessaires pour nous tenir efficacement en haleine.

L’écrivain aux multiples talents a conçu un scénario sur mesure pour son complice et ami Philippe Xavier avec lequel il collabore depuis pas mal d’années. Le bédéiste se régale et s’en donne à cœur joie. On retrouve tout ce que l’on aime chez cet artiste, des décors fabuleux, de longs travellings, des cadrages inventifs qui donnent le ton et immergent rapidement le lecteur dans un récit dynamique où l’action et les grands espaces alternent avec facilité.

Le dessinateur qui compose ses planches en vis-à-vis génère une sensation de mouvement permanent grâce à un découpage impeccable et une combinaison judicieuse de panoramiques et de cases verticales. Il guide l’œil à sa guise, invite le regard et le capte. En cinq cases maximum par planche il obtient en rendu bluffant et nous réserve au passage quelques surprises.

Dans ce one shot, il démontre qu’il est aussi à l’aise pour composer des paysages fascinants que pour dessiner des animaux magnifiques. Les cases illustrant le Nebraska, l’Iowa et l’Illinois sont aussi impressionnantes que ses chevaux, bisons, tortues, aras et poissons.

Les couleurs de Jérôme Maffre mettent parfaitement en valeur des images superbes. Elles renforcent la lisibilité d’un livre dessiné composé de près de 140 planches réparties en 12 chapitres. Il confère à chaque partie introduite par un titre évocateur une atmosphère spécifique.

Le serpent et le coyote est la bande dessinée qui se démarque nettement lors de cette rentrée littéraire. Éditée par Le Lombard dans sa collection Signé, elle représente indiscutablement ce qui se fait de mieux en matière de bd franco-belge.  C’est un divertissement de qualité mais aussi une démonstration graphique, chaque page laissant transparaître un savoir-faire inouï.

Chronique de Stéphane Berducat

©Le Lombard, 2022.

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