Chaplin contre John Edgar Hoover T3/3

Avec Chaplin contre John Edgar Hoover, Laurent Seksik clôt une trilogie enthousiasmante consacrée à un personnage qui marqua profondément le septième art et son époque.

Dans cet ultime album édité par Rue de Sèvres, Charlie Chaplin qui a connu une fulgurante ascension vient d’essuyer quelques revers et il est un peu amère. L’homme de cinéma a vieilli, il est plus posé, plus sage et en proie à une crise de la quarantaine sévère. Il songe un temps à mettre fin à sa carrière. Ce sont les actrices, ses muses, qui lui donneront l’énergie de rebondir et de surmonter brillamment cette mauvaise passe.

C’est alors un tournant qui va s’opérer dans la vie professionnelle de Charlot qui délaissera un temps l’humour pour démontrer une autre facette de son génie, celle d’un artiste visionnaire, l’un des premiers à dénoncer les effets pervers du capitalisme et à comprendre la dangerosité d’un peintre frustré ambitieux, azimuté et démoniaque.

Dans cet opus plus que dans les autres, le scénariste souligne les immenses qualités d’un homme qui  a su mettre à profit son talent pour alerter, dénoncer et avertir ses contemporains.  Parce qu’il affichait ses opinions, qu’il était un étranger aux mœurs libérées il fut la cible d’une politique américaine dont on connaît la rigidité ; le conservatisme et le puritanisme. Elle est ici incarnée par Hoover, haut fonctionnaire sans vergogne, nationaliste raciste déterminé à abattre une fois pour toutes le réalisateur.

Le scénario est moins dense dans ce troisième volet mais la narration efficace et le message clair. Charlie Chaplin n’était pas un être lisse et c’est ce qui le rend extrêmement attachant. À un moment où l’on a tendance à démonter un peu vite les statues de grandes figures, il est bon de se rappeler la portée considérable de certaines de ses créations. Ce texte n’est pas une hagiographie mais un biopic intéressant sur un antifasciste convaincu et un créateur de chefs d’œuvre intemporels. Il a parfaitement saisi les travers de son époque qu’il retranscrit avec habileté. (La déshumanisation, l’aliénation, l’intolérance, l’exploitation)

Les temps modernes et le dictateur sont des monuments indissociables du destin exceptionnel d’un homme qui incarnait parfaitement à lui tout seul le rêve américain et qui fut finalement obligé de fuir ce pays qu’il aimait tant.

Monsieur Verdoux est un film impressionnant quant aux Feux de la rampe….

On est sous le charme de la prestation enlevée et dynamique de David François. Ses images sont des clins d’œil aux grands films de son héros dont il met en relief avec maestria l’aura conséquente et le charisme incroyable.

Il dote ses planches d’une belle lisibilité et d’une délicieuse fantaisie. Le rendu est cinématographique, aérien et rafraîchissant. Les couleurs apportent de la légèreté et un côté vintage conforté par une finition soignée et un papier classieux.

Chaplin contre John Edgar Hoover confirme la pertinence et la solidité de ce projet. Il nous remémore l’héritage conséquent laissé par l’acteur, son courage, sa ténacité, son humanisme mais aussi l’acharnement dont il fut la victime. Il rend hommage à un esprit libre, pacifiste qui savait nous émouvoir, nous distraire et nous faire réfléchir.

Chronique de Stéphane Berducat

©Rue de Sèvres, 2022.

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