VESPER T2: L’archimériste

C’est la reprise du train-train habituel…métro, boulot et dodo. Je n’en ai pas envie ! Pendant un court laps de temps, je préfère laisser mon esprit vagabonder encore un peu à l’intérieur de jolies et douces reliures imagées. La sortie de Vesper T2 – L’Archimériste aux éditions Dargaud tombe à point nommé, Jérémy Petiqueux me permet de faire une halte imaginaire pour un moment et c’est tant mieux.

Le royaume de Sylvaestris est en guerre, les nomades Sorajis prennent violemment possession de la sainte cité Valestiel. Les peuples de l’Ekklesia menés par Vesper accompagnée de Crimson Nyx et ses chevaliers, forment une alliance et remportent une bataille décisive contre l’envahisseur.

Le suzerain et cardinal Murgleis promet d’octroyer des terres aux preux paladins après la victoire. Crimson est le fils illégitime d’un roi et Vesper est mi-humaine mi-chimère. Ils souhaitent édifier un lieu de paix et d’exil ouvert à toutes les espèces. Le monarque et fin stratège Murgleis estime que ses alliés sont devenus trop «encombrants» et s’en débarrasse par l’entremise de l’inquisiteur Redgrave .

Nyx passera à la torture tandis que Vesper sera envoyée à la prison flottante d’Arkfall puis mutilée. Sulcia Nocturna la souveraine du Dôme Pourpre, délivrera sa fille des cachots du bagne avec l’aide de Zarak. C’est le familier et l’arme vivante de Vesper, ils partagent un lien télépathique puissant. La furie s’abandonne à la rage et le sauvetage vire au carnage.

Vesper désire regagner Valestiel rapidement afin de libérer Crimson ou du moins ce qu’il en reste. Leur rêve utopique ne peut exister ou subsister qu’en la présence de son écuyer de cœur.

Qu’à cela ne tienne, l’intrépide hybride affrontera seule des adversaires supérieurs en force comme en cruauté avec fougue et détermination. La situation l’amènera à pactiser avec l’Archimériste, il n’est jamais bon de vouloir faire affaire avec le diable en personne ou de courtiser les forces obscures du Nocivus. La pratique de l’alchimie a un prix et Vesper ne dérogera pas à la règle. L’amazone ne doit en aucun cas céder à ses pulsions meurtrières, son unique objectif est de ramener l’homme dont elle est éprise tel qu’il fut autrefois quitte à passer un marché de dupes. Les complots politiques et la trahison planent, Vesper s’engage sur une voie sanglante et sans issue.

Jérémy Petiqueux est 100% aux commandes de sa nouvelle série pour Dargaud, c’est un scénariste et dessinateur de talent doublé d’un coloriste de génie. Il nous propose un titre de Dark Fantasy, un récit fantastique dans lequel les personnages sont essorés et pris dans une spirale oppressante. Ce qui lui permet également de laisser le champ libre à la réflexion sur les côtés les plus sombres de l’humanité. Vesper ne se démarque pas seulement pour son originalité ou son côté novateur mais plutôt par sa fraîcheur au genre et le soin apporté aux détails tels que l’invention d’un dialecte pour les incantations, la perception du tourment perpétuel de son héroïne, un message spirituel et philosophique. Jérémy Petiqueux se laisse transporter par l’histoire et son univers, il est guidé par la création instinctive. L’auteur accorde autant d’importance au visuel qu’à la narration même si l’action prend une place prépondérante dans ce nouveau volume. Pour le lecteur, l’immersion est totale.

Jérémy Petiqueux est un artiste généreux au style cinématographique réaliste, il possède l’art et la manière de produire des pages philharmoniques. Ce pur artisan donne un rendu très «léché» et fluide à ses planches que je ne retrouve chez aucun de ses contemporains. Le charme de la ligne passe par le crayon, l’encre de Chine et une palette de nuances aussi incroyables les unes que les autres. Sa force réside dans l’utilisation des outils classiques et non numériques. L’imagerie compose avec le bistre et l’aquarelle, c’est magique ! Le dessin est sculpté avec force et fragilité, les décors panoramiques sont grandioses. Le découpage au travers des cadres et angles de vue est raffiné. Les intérieurs débordent de bleu, fuchsia et le magenta prédomine. L’illustrateur joue, s’amuse avec la lumière et la couleur. Il y a de la précision dans son crayonné, de la souplesse dans sa plume et de la volupté dans ses pinceaux. Nous ressentons l’énorme travail de recherches dans la création des designs, personnages, créatures, costumes, environnements, motifs jusqu’au choix des teintes en amont. En bref, l’expérimentation est constante.

Vesper s’avère être une lecture incroyablement gracieuse et harmonieuse. C’est un œuvre multimédia qui se décline en jeux vidéo et en cartes à jouer sans oublier les sublimes partitions ensorcelantes imaginées par Soheil Forouhi en musique. Quoi qu’il en soit, cette bande dessinée est une bouffée d’oxygène qui a encore de belles choses à nous raconter sur le papier.   

Chronique de Vincent Lapalus

©Dargaud, 2022, Jéremy.

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