MORTEL IMPREVU

Mortel imprévu marque l’arrivée fracassante de Dominique Montféry chez Rue de Sèvres avec un opus ambitieux et excitant dont le titre est judicieusement  choisi et percutant.

C’est un récit impitoyable, généreux que n’auraient pas renié les maîtres de l’aventure avec un premier rôle féminin magnifique que le réalisateur et superviseur d’effets visuels offre à Edith, une héroïne déterminée à prendre en main son destin. D’abord en fuite, elle quittera son confort Londonien où elle subit les actes violents de son mari, traversera l’Atlantique pour entamer une nouvelle vie, découvrira l’amour et l’élan conquérant qui l’accompagne. Avec le charmant Hans, comme de nombreux chercheurs d’or, elle partira en quête du précieux métal. Avec quelques autres, l’ancien soldat Harkey et les deux orpailleurs Michael Dennin et Dutchy Nodlan elle formera près du Yukon une petite communauté d’abord heureuse jusqu’à ce que l’hiver les prenne de vitesse. C’est alors que tout dérape. Ils seront confrontés à de nombreux périls, l’appât du gain, le froid, les loups, la peur, l’épuisement. Peu à peu, avec les difficultés qui s’accumulent les individus se transforment et si certains  révèlent  le meilleur d’eux même, ce n’est hélas pas le cas de la majorité des humains.

Dominique Montféry signe une histoire dont il est difficile de se détacher. Ses personnages sont intrigants et bien présentés. Ils évoluent dans une nature sauvage et hostile dans laquelle l’homme doit mériter sa place. L’artiste met en place un storyboard séduisant et dynamique dans lequel il organise quelques fulgurances magnifiques. Son découpage est aéré, plaisant, lisible et succulent. Son savoir-faire est indiscutable et le rendu impeccable.  Les 90 planches défilent à un rythme forcené, un vrai régal !

Les thématiques sous-jacentes sont à la fois profondes et vastes. Il y est question d’amour, d’instinct de survie, de justice, des limites de la raison en cas de crise et du droit des femmes à décider de leur avenir.

Dès les premières pages, le lecteur est embarqué, captivé par les images d’un périple assez exceptionnel. Il est ensuite happé par un suspense tonitruant, des cadrages cinématographiques et des événements qui le déstabilisent et l’enchantent. Cette quête du bonheur contrariée par les éléments est une pure merveille. Grâce à une voix off qui hante ce récit , on accède aux pensées intimes d’un personnage fascinant, complexe et en permanente mutation.

Dominique Montféry utilise un dessin rugueux, vif comme le froid qui nous saisit. Il signe des illustrations naturalistes qui rendent hommage à la beauté du grand Nord,  sa faune et sa flore. Son travail sur la lumière est assez fabuleux.

L’ensemble est harmonieux et efficace.

Mortel imprévu c’est un divertissement qui tient toutes ses promesses et mériterait une suite tant il est réjouissant et bien ficelé. C’est une destinée incroyable que nous expose son auteur, un livre  passionnant qui comblera forcément les amateurs de l’œuvre de l’immense Jack London auquel il fait évidemment référence.

Chronique de Stéphane Berducat.

© Rue de Sèvres, 2022.

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