ED GEIN Autopsie d’un tueur en série

En temps normal, je ne suis bon client de biographies qu’en de très rares occasions. Elles sont beaucoup trop lisses et édulcorées à mon goût. Mais là pour le coup, je fus surpris d’apprendre qu’Eric Powell allait faire équipe avec un spécialiste de la psychopathie du nom d’Harold Schechter pour son nouvel ouvrage. Autant vous dire qu’un frisson m’a chatouillé la nuque à la lecture d’Ed Gein – Autopsie d’un tueur en série aux éditions Delcourt

Edward Theodore Gein naquit le 27 Août 1906 à La Crosse, Wisconsin. Sa maman eut préféré donner naissance à une fille mais le destin en a décidé autrement. La famille se compose de George (le père), d’Augusta (la mère), d’Henry (l’aîné) et d’Ed le p’tit dernier. Le clan Gein quitte la ville et pose ses valises à Plainfield dès 1914. C’est un boui-boui idéal pour y élever des enfants, un espace serein et surtout vierge du péché. Le couple est propriétaire d’une épicerie-boucherie, l’activité va bon train.

Augusta porte la «culotte» à la maison, cette femme rustre éduque ses fils dans la foi du Seigneur à la limite de l’endoctrinement. Elle partage énormément d’affinité avec son cadet, trop peut-être…

 Le temps passe mais les premiers problèmes surviennent. Ed grandit en subissant la méchanceté et les sévices des autres gosses, George sombre peu à peu dans l’alcoolisme. Henry se détache de l’environnement familial et Augusta devient de plus en plus tyrannique.

Soudain, le malheur frappe à leur porte. George décède et maudit son épouse jusqu’à son dernier souffle. Henry est retrouvé sans vie au bord d’un terrain rural pendant que l’espiègle Augusta meurt de vieillesse.

Désormais seul chez lui, Ed dégringole psychologiquement et commence à avoir une attitude anormale à l’égard de certains voisins du patelin. Il effraie les gamins du coin avec d’étranges masques de peau et plaisante en disant avoir consommé de la chair humaine. Deux habitantes d’âge mûr se volatilisent tandis que des dépouilles sont déterrées et disparaissent des cimetières sans raisons apparentes.

La police débarque, les soupçons se portent sur Ed. Les agents perquisitionnant sa demeure en ressortent malades de vomissements. Ils sont effrayés par ce qu’ils ont pu y voir et en resteront traumatisés à vie. L’affaire prend de l’ampleur.

Harold Schechter est un éminent professeur et écrivain dans le domaine du comportement et des serial killers. Il réalise un travail anthropologique colossal basé sur des recherches approfondies et une étude solide de son sujet. Diverses sources, différents témoignages, des articles de presse ou les archives judiciaires servent à apporter énormément de véracité au récit. Le synopsis se développe avec justesse car le scénariste relate des faits et simplement des faits. Il appartient donc au lecteur de dresser un portrait de la nature perverse et abominable qui se dégage chez Ed Gein. L’auteur nous fait part de sa fascination pour les meurtriers compulsifs grâce à une analyse pointue de leur raisonnement. Il n’oublie pas pour autant de flirter avec l’ambiance policière en se permettant d’inviter Alfred Hitchcock comme porte-parole officiel afin d’étayer ses propos. Harold Schechter est perçu tel un profiler méthodique et redoutable.

Il fallait un artiste chevronné et culotté pour porter ce biopic illustré à bout de bras, Eric Powell était tout indiqué pour prendre ce genre de risques. Il est en symbiose avec le script et emploie une approche naturaliste au niveau graphique. Le crayon se manie au bistouri. Powell incise ses planches, son art se croque avec une puissance de frappe phénoménale. La mise en page fait place à un crayonné donnant la part belle aux traits pleins et déliés. Le découpage aborde une composition sobre et minimaliste. La cruauté de l’action se déroule hors-champ ou à l’aide de perspectives suggestives et implicites. Le dessin au fusain et au lavis de gris pose une atmosphère redoutablement ténébreuse gravant cette période choc dans le marbre. Eric Powell stylise la violence et sait imager la tragédie avec ingéniosité.

Et dire que les pires cauchemars du cinéma que sont  Norman Bates, Leatherface et Buffalo Bill tirent leurs origines d’un mal bien réel. Moi perso, cela me fait froid dans le dos. Pas vous ?

Chronique de Vincent Lapalus.

©Delcourt, 2022.

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