LE CONVOYEUR T3: Ces ténèbres qui nous lient

Le convoyeur est la série post-apocalyptique qui s’est facilement imposée après du public et de la critique. Il faut reconnaître qu’elle n’a rien à envier aux séries du genre qui pullulent sur Netflix qu’elle dépasse nettement grâce à un traitement graphique qui autorise une absence totale de censure. Elle propose un monde hardcore, primitif et original. Après trois tomes, le tandem Dimitri Armand et Tristan Roulot poursuit sa route chez Le Lombard pour le bonheur de ceux qui apprécient d’être bousculés et poussés dans leurs retranchements.

Avec Ces ténèbres qui nous lient, les bédéistes nous bluffent une fois encore. A l’aide de flashbacks savoureux, ils nous donnent enfin quelques explications. Dans cet épisode, le convoyeur se fait clairement voler la vedette et on va de surprise en surprise.  Minerva est une scientifique revancharde, une tigresse déterminée, une adversaire redoutable et enragée.  Arrivera-t-elle à venir à bout du convoyeur ?

Malgré sa forme, en apparence très classique, les bédéistes parviennent à nous conduire dans des territoires inconnus.

Cette excitante saga marque l’association d’un scénariste courageux dans ses propositions, qui s’aventure volontiers dans le gore et le décalé et d’un dessinateur qui parvient à rendre l’insoutenable élégant et beau.

Ils étaient entrés en relation il y a quelques années et avaient l’envie conjointe de réaliser quelque chose d’innovant. Ils ont acquis rapidement des habitudes de travail qui leur permettent de produire ensemble des albums détonants.

Ils définissent la trame générale, s’entendent sur le fond et la forme et avec l’éditeur mettent tout à plat avant de se lancer chacun dans sa partie de prédilection. Ils ont trouvé un équilibre et réussissent chaque année à livrer un excellent divertissement.

Même si les références puisaient initialement du côté de « Ken le survivant » et de « Mad Max », ils sont parvenus à composer quelque chose de singulier qui gravite autour d’une idée très simple, un mystérieux cavalier très aguerri qui veut bien faire ce qu’on lui demande à condition que l’on mange d’étranges œufs. C’est un concept totalement neuf, simple grâce auquel ils nous tiennent parfaitement en haleine, un rapport inédit entre un héros et les personnages avec lesquels il interagit. Ce voyageur disposé à affronter tous les dangers fait figure de dernier espoir dans un monde brutal, dangereux et immoral.

Il y a dans ce projet une pate western délicieuse, dans les décors, les cadrages une dynamique dans la narration assez proche des films d’aventure. Les scènes s’enchaînent comme au cinéma.  Il n’y a ni fer, ni véhicules, la rouille a tout bouffé, on est vraiment sur la biologie, l’humain, la faune et la flore, un univers foisonnant, organique et dark dans lequel il est jouissif de voir évoluer les nombreux acteurs aux physiques souvent très improbables. Les atmosphères sont inquiétantes et immersives.

L’une des qualités majeures de cette série c’est le talent du dessinateur pour mettre en cases des scènes horribles avec un dessin ultra-maîtrisé dont il se dégage une déconcertante facilité. C’est ce qui renforce l’impact visuel et suscite parfois le malaise.

Dimitri Armand esquisse son story-board et ses crayonnés numériquement, imprime puis encre à la main avant d’ajouter de troublantes couleurs à l’aide d’un logiciel spécialisé.

Tristan Roulot démontre ici qu’il en a sous le pied, le pitch est génial, le cadre est solidement installé et l’intrigue addictive, on est inévitablement hameçonné et il va être très dur de patienter pour lire la suite. Quant à Dimitri Armand, qui nous avait déjà ébloui avec ses deux récents westerns chez le même éditeur, il semble de plus en plus à son aise. Il procure un souffle vivifiant et fou à des scénarios parfaitement construits. Quel bonheur !

Chronique de Stéphane Berducat

©Le Lombard, 2022.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s