VOLAGE : Chronique des enfers

Dans « Volage : Chronique des enfers » le prolifique scénariste Stephen Desberg offre un cadre fantastique et maléfique à un artiste mexicain à l’univers foisonnant et singulier.

C’est aux éditions Daniel Maghen que ce projet original qui a mis trois ans à voir le jour est né ce qui n’a rien de surprenant compte-tenu de la période sanitaire compliquée, de l’agenda que l’on devine très chargé des deux créateurs mais également de la masse de travail colossale abattue, 140 pages colorisées à la fois hypnotiques et monstrueuses.

Les deux hommes qui avaient été présentés par Pierre Paquet se sont accordés sur le pitch parfait. Ils nous entraînent à la rencontre de Jack l’Eventreur, la pirate Anne Bonny, Isabelle de Castille, Hermann Fegelein le nazi, Carlo Gesualdo, prince compositeur, Locuste la sorcière romaine et d’autres personnages illustres et peu recommandables.

Ces criminels, assassins de masse, serial killers ou crevures de la pire espèce pourrissent logiquement aux enfers. Ils sont rejoints par le mercenaire Mc Gilles à un moment où il se décident à mettre leur plan à exécution pour s’enfuir. Ils nous embarquent d’emblée dans une cavale macabre, une quête désespérée. Ils seront traqués par des êtres malfaisants et cruels, l’Equarisseur et sa meute de chiens enragés et d’autres créatures sorties directement de nos pires cauchemars.

Lors de leur course effrénée et meurtrière ils feront la connaissance de la magnifique Volage, un être mystérieux et intrigant, lumineux, qui comme notre héros, un guerrier redoutable, va se dévoiler au fil des pages.

Ce livre dessiné n’est pas une bd au sens strict du terme.  L’auteur offre à un illustrateur qu’il admire la capacité de briller et de laisser libre court à son imagination. Il lui met à disposition un script exquis et pas mal d’espace pour délirer et produire à loisir. On retrouve immédiatement son empreinte, les personnages facilement identifiables du papa de Nocturno et Mille tempêtes, deux romans graphiques publiés par Paquet. Pour cet opus, il accommode à sa sauce les artisans incontournables, Jérôme Bosch, Pieter Brueghel, Hans Ruedi Giger et Philippe Druillet qu’il s’approprie donnant naissance à une composition brillante, obscure et remarquable. Les clins d’œil au dernier Harry Potter et au Seigneur des Anneaux raviront les initiés.

Les nombreux fans de Tony Sandoval en auront pour leur argent, son univers est dense, troublant, démentiel et ici infernal.

On se régale à retrouver toutes les références revisitées et à admirer l’évolution des acteurs dans des décors crépusculaires. L’action est au cœur de ce récit, la lutte est acharnée.

Le découpage est immersif, varié et composite.

Les crayonnés sont à la fois fouillés, détaillés et inspirés. Ils sont au service d’un onirisme bluffant qui nous traîne efficacement dans une dimension annexe.

La colorisation numérique est directement réalisée à partir de ce matériau. Il décline de riches nuances de rouge, jaune, gris et noir, s’amuse avec les couleurs et les ambiances. Elles induisent un rythme fou tout en facilitant la lisibilité d’un livre dessiné copieux.

L’ex-graphiste et designer est un dessinateur habile. On est aspirés par des personnages cartoonesques souvent faméliques, squelettiques et effrayants qui pourraient hanter longtemps vos nuits.

Il a conçu de fascinantes chimères.

VOLAGE est un spectacle de qualité, un opus visuellement incroyable, sanglant et envoûtant que l’on a bien du mal à poser après l’avoir dévoré. Oserez-vous franchir le pas ?

Chronique de Stéphane Berducat

©Editions Daniel Maghen, 2022.

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