Ulysse Nobody

Ulysse Nobody c’est une réflexion fine et poussée sur la récupération politique et l’enrégimentement, une publication des éditions Futuropolis qui associe Gérard Mordillat, Sébastien Gnaedig, Francesca et Christian Durieux.

A travers la fiction qui a souvent un pas d’avance sur la réalité, le raconteur d’histoires nous prend par la main et nous entraîne au Havre avec un opus qui se lit d’une traite et qui adopte un parti pris subtil et intéressant, un non-jugement et une observation fine d’un glissement malheureux qui fait froid dans le dos.

A la lecture, on ne peut s’empêcher de penser à l‘acteur Franck de Lapersonne que le romancier, poète et réalisateur a fait tourner dans « Le grand retournement » en 2013 et qui a sans doute beaucoup inspiré ce livre dessiné.

C’est l’histoire d’un comédien, qui parce qu’il n’est plus visible, qu’il vient de perdre son dernier emploi est dans l’ombre. Un ancien collègue qui se présente comme un homme de communication va lui tendre la main à un moment où notre acteur a le sentiment d’être injustement oublié et déclassé.

Il ignore que ce bienfaiteur providentiel travaille pour un parti politique fasciste d’extrême droite. Il va assez vite lui proposer d’en être un représentant. Notre héros ne va pas résister à cette envie  de jouer un rôle de premier plan et de monter à nouveau sur une scène. Il va accepter peu importe les conditions et le discours véhiculé.

Avec ce projet inédit qui aborde un sujet grave, les auteurs montrent comment nos extrêmes récupèrent la colère, le sentiment de déclassement pour utiliser et récupérer à leur profit la détresse des gens.

On assiste d’une part à la tragédie d’un homme ridicule qui va s’illusionner et à la mise en relief d’une mécanique implacable qui brise littéralement. La démonstration est habile et efficace.

La prestation graphique de Sébastien Gnaedig, son dessin rond, non réaliste apporte du détachement à un récit grave et prenant. Son personnage a une silhouette, un contour mais aucun trait précis ; c’est un individu un peu rond doté d‘un imper, d’un foulard et d‘un chapeau, des accessoires qui lui donnent un petit côté désuet.

Le dessin composé à la plume fine sur papier suscite une empathie particulière.

Les couleurs de Francesca et Christian Durieux apportent du fond, renforcent un aspect mystérieux. Elles accentuent le décalage au monde, elles accompagnent l’errance d’un homme qui bascule et sombre sans s’en rendre compte. Son envie de reconnaissance le dépasse et l’aveugle.

Ulysse Nobody est un livre qui ne nous laisse pas dans l’état où il nous trouve ; il nous fait cheminer et réfléchir sur la portée de nos actes nous invitant à ne pas céder aux tentations faciles.

C’est un roman graphique riche de sens, intelligent et piquant, à découvrir absolument.

Chronique de Stéphane berducat

© Futuropolis, 2022.

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