FRANK LEE L’après-Alcatraz

Frank Lee : L’après Alcatraz, c’est un divertissement de très grande qualité, un objet sublime, généreux, très bien conçu édité par Ankama et le fameux label 619.

Pour cet album, David Hasteda a transformé une passion personnelle en projet BD ; Le scénariste qui avait effectué pas mal de recherches sur Alcatraz a puisé dans ses archives puis sur internet grâce à la déclassification de nombreux dossiers pour imaginer ce récit inspiré de l’évasion de 3 criminels Frank Lee Morris, Clarence et John Anglin. Ils ont réussi un exploit périlleux : s’enfuir le 12 juin 1962 d’une prison de haute sécurité réputée inviolable. Ils ont dupé le personnel pénitentiaire, bravé les forts courants marins, survécu à l’eau glacée, échappé à une faune aquatique peu amicale et à une impitoyable chasse à l’homme.

L’infatigable voyageur s’est associé à Ludovic Chesnot avec qui il avait déjà collaboré sur Doggybag pour raconter la cavale d’un homme, de son évasion spectaculaire jusqu’à son retour calculé à la vie normale, une résurrection grâce à laquelle les complices reviennent sur une bonne période de l’histoire des Etats-Unis, quelques années marquées par des changements importants qu’ils se sont employés à mettre en cases pour notre plus grand plaisir.

L’auteur est un cinéphile passionné, il glisse de nombreuses références cinématographiques et nous   embarque un peu comme dans un film d’où l’absence de pagination et un découpage dans lequel les cases panoramiques sont assez nombreuses.

On ressent une admiration pour le personnage qui inspira de grands réalisateurs ainsi qu’une joie non dissimulée pour organiser une certaine rédemption. Le tandem s’est plu à le faire évoluer, à le réinventer après 17 années de réclusion dont 2 passées à Alcatraz. Il est au départ autocentré et sans pitié mais progressivement grâce à de belles rencontres, une romance, des événements qui le bousculent, il change et nous émeut.

La narration s’affranchit des codes de la bd traditionnelle qu’elle dépasse nettement, empruntant d’autres sentiers moins cadrés et balisés. On est surpris et séduit par les détours que s’autorisent les bédéistes et décontenancés par les choix graphiques et la colorimétrie proposée.

Ludovic Chesnot emploie un dessin semi réaliste, son trait est singulier et ses couleurs numériques flashy percutantes génèrent des ambiances fascinantes.

Son travail poussé sur la recherche des personnages transpire, ses acteurs n’ont pas de bouches mais ils ont tous des gueules incroyables.

Franck Lee : L’après Alcatraz c’est un objet magnifique qui résulte d’un travail éditorial solide. Il est doté de bonus pertinents conçus par Yuck qui nous immergent davantage dans le récit en lui apportant du relief et un côté authentique et savoureux particulièrement plaisant. Le maquettage de Dorothée Bachy est juste fabuleux.

Mais l’atout majeur de ce one shot c’est l’alliance d’un scénario qui tient parfaitement la route et d’un dessin innovant et puissant qui nous retourne délicieusement et qui donne naissance à un grand cru que l’on savoure jusqu’à la dernière goutte et qui nous laisse une très forte impression.

Chronique de Stéphane Berducat.

© Ankama, 2021.

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