L’envoyé du diable

Quand il vous faut payer pour péter des tibias où faire sauter quelques dents, contactez Reckless et vous en aurez pour votre argent ! L’Envoyé du Diable des éditions Delcourt vous dévoilera la face cachée mais surtout salasse de la célébrité. Faites confiance à Ed Brubaker, Sean et Jacob Phillips pour briser le star-system et souiller le Hollywood Walk of Fame soi-disant immaculé.  

Milieu des années 80, Reckless vit toujours en Californie et continue de traîner sa nonchalance. Les eighties sont une décennie trouble. La soupe musicale inonde les ondes, les drogues dures ravagent les rues et le Flower Power a laissé sa place à la doctrine sectaire. En bref, c’est l’apogée d’une bien triste époque.

Lorsqu’il se renseigne sur l’affaire d’un mari soi-disant mort qui trompe sa famille et son ennui en allant voir ailleurs, Reckless fait la connaissance de Linh Tran. Des liens se tissent entre la bibliothécaire vietnamienne et le redresseur de torts. Ils entament une liaison. Nos amoureux profitent de chaque instant et passent le plus clair de leur temps au cinéma/Q.G. d’Ethan à mater les vieilles bobines des classiques du septième art. Comme c’est romantique !

Pendant une projection, Linh croit reconnaître sa demi-sœur Maggie en arrière-plan. Elle est portée disparue depuis huit ans maintenant. Tran décide d’engager Reckless afin de la retrouver. Le voyou au grand cœur accepte la mission sachant pertinemment que ses investigations auront de lourdes répercussions sur sa relation. Du fond de ses tripes, il comprend que les jours heureux sont comptés.

Malgré tout, Ethan enquête en soutirant des informations à son ancien instructeur au F.B.I. Il ira à la rencontre de responsables de casting peu scrupuleux, de photographes beaux parleurs, de réalisateurs véreux et de producteurs maîtres-chanteurs. Maggie aurait fréquenté L’Eglise des Déchus, une secte bien implantée sur le Boulevard des Etoiles.

Cette communauté organiserait des soirées coquettes faites de paradis artificiels, de sacrifices d’animaux et d’orgies sataniques. Ethan saute à pieds joints dans la merde et s’enfonce dans un milieu pourri où des nanas décérébrées et défoncées jusqu’aux yeux s’adonnent à des dépravations immondes devant la caméra. Le point culminant sera sa rencontre avec le gourou accompagné de ses p’tits copains skinheads. La haine monte en flèche, Reckless leur donnera la réplique avec férocité grâce à l’utilisation d’objets tranchants et de cartouches de gros calibres.

Ed Brubaker rédige un deuxième tome encore plus attirant et dérangeant que le précédent. Il prend le temps de poser son intrigue à l’aide de son indéniable qualité d’écriture pour servir un synopsis littéralement infernal. Les cases de pensées inondent les pages pour mieux cerner la psyché du héros façon roman. Reckless plonge le lecteur dans un réalisme effroyable voire tenace qui le tiendra en haleine jusqu’à sa conclusion. L’auteur recherche l’authenticité au travers de la fiction, il colle à l’actualité et lorgne du côté noir de l’existence. La vision désenchantée de l’industrie cinématographique, la peur du sectarisme, la défonce H24, le racisme et les techniques de conditionnement des masses sont une compilation de thématiques qui lui permettent d’aborder la mise en abyme d’excès odieux, d’abus sexuels, des snuff movies et de démontrer jusqu’où une personne est prête à se compromettre dans la déviance afin de vivre ce rêve de paillettes. Brubaker enfonce le clou avec un récit coup de poing à la tonalité singulière qui signe la fin de l’innocence sans oublier d’ajouter une forte dose de violence.

Les Phillips père et fils livrent une prestation exceptionnelle toujours dans une économie de moyens afin de respecter des deadlines serrées. Sean Phillips produit des planches épurées voire souples qui vont à l’essentiel. Le dessin s’exécute avec simplicité, l’illustration se compose d’un crayonné rudimentaire suffisamment bon pour représenter l’émotion et l’action. Le trait lisible se met au service d’un découpage saisissant et d’une narration élaborée. Jacob Phillips propose une gamme de pigmentations saturées au néon. Cette technique d’éclairage installe une ambiance visuelle à la fois calme et paranoïaque, une atmosphère émotionnelle claire, démonstrative et expressive.

Si comme moi vous êtes friands d’univers criminels fictifs cohérents, prenez un moment et faites-vous une jolie frayeur à la lecture de ce titre indé qui risque fort de vous scotcher à votre canapé. Avec Reckless, c’est du badass garanti sur facture et sans pitié !  

Chronique de Vincent Lapalus.

©Delcourt, 2022.

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