CATWOMAN à Rome

Il y a une citation de Mark Twain qui me vient de suite à l’esprit après la lecture de Catwoman à Rome aux éditions Urban Comics : Les deux jours les plus importants de votre vie sont le jour de votre naissance et celui où vous découvrez pourquoi. Jeph Loeb, Tim Sale et Dave Stewart nous invitent dans cette aventure italienne survitaminée afin d’éclaircir quelques zones d’ombre de la séduisante fraudeuse. Action !

Selina Kyle aime le luxe, le bling-bling mais surtout côtoyer des personnes influentes de la haute société dans le seul but de s’adonner à son sport favori, le cambriolage. Catwoman détrousse du bourgeois, c’est plus particulièrement la montée d’adrénaline et l’excitation du vol qui lui procurent le «shoot» dont elle raffole. 

Mais Selina est assaillie de questionnements. Orpheline depuis le berceau, elle souhaite se lancer dans la quête de son passé. Miss Kyle possède quelques pistes par-ci par-là mais rien de concret, l’incertitude la ronge. Elle pense partager une filiation avec feu le parrain mafieux Carmine Falcone dit le Romain. Catwoman serait-elle la sœur cachée d’Alberto et Sofia ?

Après les grands chamboulements survenus à Gotham City (Un Long Halloween et Amère Victoire), Selina s’offre une semaine de congés bien mérités à Rome bras dessus, bras dessous avec Edward Nigma. Le roi de la charade pourrait lui être d’un grand secours en l’aidant à trouver des indices et assembler les pièces de ce puzzle généalogique nébuleux. Elle en profitera pour s’oxygéner la tête et tenter d’oublier sa romance cagoulée avec l’énigmatique mais magnétique Batman.

A peine descendue de l’avion, Selina se retrouve dans de beaux draps. Catwoman est accusée du meurtre de Don Verinni le capo de la Cosa Nostra. Malheureusement, elle pense avoir traîné dans son sillage les super-vilains du Chevalier Noir. Le venin du Joker, l’arme cryogénique de Freeze où le gaz de peur de l’Epouvantail en sont les preuves. Il lui faudra démontrer son innocence et clore les recherches sur ses origines. Ce ne sera pas une panacée étant donné que le meilleur tueur de l’organisation criminelle sicilienne, des ennemis gothamites, Louisa Falcone et sa Némésis se lancent à ses trousses. L’héroïne devra affûter ses griffes, faire preuve d’un sang-froid absolu et d’un courage à toute épreuve pour surmonter les obstacles.

Jeph Loeb est un auteur humble et chevronné. Avec Catwoman à Rome, Il dose à la perfection l’équilibre de l’action entre mystères et sentiments comme le prouvent les deux maxi-séries du Chevalier Noir citées précédemment. Ces trois sagas forment une trilogie équivalente à une lettre d’amour destinée à l’univers du Caped Crusader. Le scénariste façonne une intrigue à double niveau, opte pour un récit à la construction implacablement dramatique et rigoureuse. Il revient aux versions dites pures des personnages accompagnées de leurs ennemis respectifs pour élaborer un synopsis qui possède de l’âme. Jeph Loeb s’appuie sur l’aspect humain des protagonistes développant ainsi un côté intimiste afin de raconter des tranches de vies visant à rendre ses héros crédibles. La sensibilité et la légèreté deviennent les maîtres-mots pour cet épisode méditerranéen puisque que l’humour s’invite lors de plusieurs passages, ainsi vit le rythme.

Que puis-je dire sur Tim Sale ? Tout simplement que son art respire le mouvement, la poésie séquentielle et infuse l’imaginaire fantasmé. L’artiste, étant daltonien, travaille ses planches en noir et blanc rehaussées par trois niveaux de dégradés de gris. Cette technique accorde au lavis du souvenir de venir percuter le trait du présent. Les influences graphiques sont majeures chez Tim Sale. Comment ne pas penser à Alex Toth, Angelo Torres, Berni WhrighstonBernard Hislaire concernant le crayonné et l’encrage sans oublier René Gruau pour les couvertures ? L’illustrateur oscille entre expressionnisme et réalisme. La composition stylisée se mêle à un dessin sensuel, élégant qui possède de l’allure. La représentation de Catwoman se taille dans la fonte mais envoûte le lecteur. L’utilisation fréquente des pleines et doubles pages a pour unique but de dynamiter une mise en scène puissante voire pêchue. Le découpage en 3 à 5 cases est le format idéal pour l’illustrateur tandis que les perspectives à la fois serrées et aérées sont ébouriffantes.

Dave Stewart est le meilleur partenaire pour Tim Sale. C’est un coloriste rapide, imaginatif et surtout technique. Ce spécialiste de la chromatique sait introduire de la matière dans les nuances. Il applique sa palette de teintes directement sur les images contrastées, ce qui donne un effet de peinture faite à la main plutôt qu’à l’ordinateur. Stewart s’occupe également de la séparation des couleurs pour certaines couvertures. Les portions uniformes découpées apportent une esthétique vintage genre  magazines américains des années 50/60, c’est un retour rétro à la plastique romantique.  

Au final, il n’y a aucun souci à se faire pour cette beauté tourmentée. Parce qu’une chatte quand elle est cat, retombe sur ses pattes. CQFD !      

Chronique de Vincent Lapalus.

©Urban Comics, 2022.

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