SOLO ALPHAS

Aujourd’hui place à une chronique qui transpire la testostérone, ça sent l’homme, le mâle, le vrai ! Un duel viril se prépare dans Solo Alphas aux éditions Delcourt. Ce one-shot aux airs de combat de coqs nous est proposé par Oscar Martin, Juan Alvarez et Manuel J. Rodriguez. Un conseil, faites attention à vos museaux!

Le monde est en perdition depuis le dernier grand conflit planétaire. Le paysage est dévasté. La population inter-espèces tente de s’adapter à ce nouvel environnement. Montagne et Aurore, les leaders de deux clans de chiens voisins, décident de s’allier pour que leurs tribus subsistent.

Désir le fils de Montagne sera marié à Etoile la fille d’Aurore. Un certain Origine ne l’entend pas de cette oreille, il lui est insupportable de laisser sa bien-aimée s’unir à son bâtard de cousin. C’est impensable et injuste mais tout ceci n’est qu’une question de conservation et de politique.

Un clash éclate lors de la célébration de cette union forcée, il ne peut y avoir deux pitbulls dominants dans le même «chenil». Origine et Désir en viennent aux mains mais la rixe tourne à l’avantage de ce dernier. La bagarre est déloyale, Origine est passé à tabac par la meute. Sa carcasse encore chaude sera jetée dans la fosse, abandonnée aux charognards. Il sera sauvé in extrémis par son ami Roche.

Origine possède un fort instinct de survie, il reprend des forces et revient au village afin de récupérer Etoile. Tous les deux prennent la poudre d’escampette. Le couple souhaite disparaître, partir loin. Les amoureux rêvent de vivre librement et d’un nouveau départ. Montagne qui ne veut pas être la risée du terrier décide de lancer une battue. Il envoie ses meilleurs limiers à leurs trousses avec à la tête de la horde, son fils Désir.

Origine et Etoile parcourent les étendues hostiles et aspirent à un mode de vie utopique où l’altruisme prédominerait. Ils souhaitent trouver un coin paisible, ne laisser personne au bord du chemin et l’entraide entre tous les êtres sans distinction de race afin d’apporter une paix durable et harmonieuse. Ce sera une lutte de tous les instants car ils seront traqués, subiront la perte de nombreux proches et devront surmonter le chagrin. Derrière chaque pierre, à l’intérieur de chaque grotte et au coin de chaque impasse se cacheront leurs congénères, des chats sauvages, des aberrations mutantes, des lézards cannibales où des rats abjects. Un bien triste sort va s’abattre sur eux.

Oscar Martin sait s’entourer d’illustrateurs de talent. Après Alvaro Iglesias sur Solo Chemins Tracés, vient le tour de Juan Alvarez pour Alphas. Ce dessin au doux parfum de story-board d’animation est magistralement mis en couleur par Manuel J. Rodriguez. Le trio d’artistes met la main à la patte et se donne les moyens de pratiquer un art transcendantal. Ces conteurs généreux sont au service d’une histoire apocalyptique à forte teneur émotionnelle. Le scénariste se sert de son titre anthropomorphique pour mettre en avant la cruauté et les sentiments humains. Alvarez se fond totalement dans la charte graphique imposée par Martin en laissant transparaître sa sensibilité propre. Son trait cinématographique est fortement basé sur la science du mouvement, ce qui lui permet de jouer à égalité avec Oscar Martin. L’école espagnole se distingue par un crayonné massif, imposant et méticuleux. Le scalpel sculpte la pointe de plomb et entaille les planches avec précision. La maîtrise des chorégraphies est brillante, intense tandis que l’encrage au cordeau est rugueux voire incisif. Juan Alvarez met de la poigne dans la plume et le pinceau avec une aisance très naturelle. Il injecte de la niaque à ses personnages et dans les premiers plans ainsi qu’une certaine rudesse dans les décors. Sa mise en page ne manque pas de sex-appeal. La palette de couleurs s’applique dans une atmosphère pâle et blême. La précision des pigments lorgne vers des nuances argileuses, terreuses et compactes. Elle est aidée d’une pointe de décoloration afin de retranscrire la dureté du script comme sous l’effet d’un soleil écrasant ou d’une nuit noire absente de quelconque lueur. Il n’y a pas à dire, Juan Alvarez et Manuel J. Rodriguez sont des perfectionnistes dans l’âme. 

Solo Alphas est un album séduisant au charme provocant qui ne manque pas de mordant. Les éditions Delcourt en profitent pour traduire un complément riche à la série mère, proposant un ouvrage à la fois consistant et délectable. C’est royal…mais pas canin !    

Chronique de Vincent Lapalus.

© Delcourt, 2022.

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