LES STRATES

Après l’immense succès de Culottées , son merveilleux California Dreamin et son adaptation de  Sacrées sorcières  de Roald Dahl, Penelope Bagieu is back avec Les strates un récit à la fois intimiste et tendre édité par Gallimard.

Son écrin classieux noir, élégant, élaboré et original charme d’emblée. Avec sa forme atypique, il ressemble ce qui est assez subtil à ces carnets de jeunesse dans lesquels les adolescent(e)s aiment glisser leurs aventures, pensées et premières découvertes. Ce sont des opus précieux qui regorgent de secrets (petits et grands) que l’on feuillette fébrilement lorsque l’on retombe dessus des années plus tard.

L’objet annonce la couleur, l’autrice régale son public avec des anecdotes amusantes qui permettent de mieux appréhender ce qui se passe dans la tête d’une adolescente qui s’ouvre lentement à la vie.

Pour Pénélope c’était sans doute le bon moment, le temps lui a sûrement apporté le recul nécessaire et l’envie de revenir à quelque chose de plus personnel.  Pour son public, elle effectue un saut dans le temps réjouissant en nous confiant de manière non chronologique quelques épisodes croustillants qui marquèrent ses jeunes années. Ce sont de rares confidences et elles sont pour la plupart savoureuses et captivantes.

La lauréate du prix Eisner porte un regard sensible et toujours sincère sur les différentes couches qui se sont empilées et qui font d’elle aujourd’hui une femme rayonnante. Le temps de quelques planches, elle retire son armure et laisse entrevoir la fillette naïve qu’elle fut jadis. Elle évoque son éveil à la féminité, ses mésaventures, aversions et petites histoires et elle le fait avec l’humour et finesse, une technique toujours efficace pour traiter de thématiques universelles et délicates.

Elle retranscrit parfaitement la fragilité et le torrent d’émotions qui caractérisent l’adolescence.

Bien sûr, le girl power n’est jamais très loin, on connaît les convictions féministes qui lui collent à la peau mais on s’en accommode parfaitement et que l’on soit un homme ou une femme, on est forcément plein d’empathie vis-à-vis de ce personnage pétillant et touchant.

Son découpage aéré, dynamique et varié offre une belle lisibilité.

Pour illustrer ce recueil, elle adopte un dessin rond, séduisant et réaliste ainsi qu’ un noir et blanc qui nous transporte immédiatement dans une époque révolue.

Les strates c’est un doux remède à la morosité, un livre dessiné qui file la banane et une incursion stylée dans le monde des filles.

C’est surtout un one shot que l’on aborde différemment en fonction de son âge. Pour les jeunes adultes, c’est un livre réconfortant qui donne de l’espoir. Pour leurs ainés, c’est une magnifique façon de faire ressurgir des souvenirs enfouis tout en écoutant Pearl Jam ou Radiohead voire Pink Floyd ou les Rolling Stones, bref, un pur moment de nostalgie.

Chronique de Stéphane Berducat

© Gallimard, 2021.

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