SIMON SPURRIER PRESENTE HELLBLAZER

Je termine mon grand chelem sur John Constantine cuvée 2021 avec Simon Spurrier Présente Hellblazer. Ce titre paraît aux éditions Urban Comics. Je dois avouer que j’ai été gâté et comblé cette année avec plusieurs volumes de l’un de mes personnages de comic-book préférés. Enjoy !

La guerre mystique a bien eu lieu car une version alternative de Tim Hunter provoque un conflit sans précédent. Tous les ensorceleurs de DC Comics prennent part au chaos ambiant y compris John Constantine. Son existence terrestre est au plus mal car il est en train de crever la gueule ouverte dans un coin. L’apparition d’un étrange vieillard peut lui sauver la mise et relancer la donne mais ce septuagénaire a quelque-chose d’assez familier. Il propose à John le célèbre contrat et met son âme en gage.

Constantine se réveille d’un coma dans son établissement favori, Ravenscar dont il est aussitôt mis à la porte. Le Hellblazer est de retour aux affaires, il peut de nouveau arpenter la ville mais l’environnement a bien changé. C’est le vingt-et-unième siècle, le règne des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Qu’à cela ne tienne, rien n’entrave la magie. Elle est toujours présente et bien implantée dans le paysage. Le constat est amer car dès la sortie, Chas Chandler son dernier ami meurt et vient s’ajouter à la longue liste de fantômes qui viendront le hanter.

Sa première préoccupation est de trouver un nouveau chauffeur. Constantine jettera son dévolu sur Noah, une petite racaille sourde et muette qui espère s’affirmer en faisant partie d’un gang. Il fera également la connaissance de Nat la videuse de pub ainsi que de Tommy Sauleblanc, un apprenti un brin bouddhiste. Les mauvaises nouvelles s’accumulent, l’escroc à l’imper se retrouvera embarqué dans des embrouilles inextricables car la société n’a jamais été autant de traviole et aussi déviante. Constantine l’oiseau de mauvais augure est justement là pour rétablir l’équilibre, il œuvre en coulisse et frappe au moment opportun.

Simon Spurrier entame la même démarche que Tom Taylor sur Rise and Fall, la réapparition du sorcier à col bleu au background légendaire de la rue pour raviver la flamme de l’esprit Vertigo. Le scénariste affuble l’homme à la cigarette d’une galerie riche en personnages secondaires, non sans un humour noir et glauque. Fini les années quatre-vingt, le tactile et le Wifi côtoient la catastrophe et le fantastique. La thématique sociale et les réflexions acerbes pimentent toujours autant la série. Ce conteur exploite tout le potentiel du titre pour tirer le meilleur d’histoires portées à maturité à la fois humaines et surnaturelles, il y apporte également une touche immorale et surtout piquante. Avec Spurrier, les faits divers sordides se transforment en monuments d’émotions remplis d’un profond désespoir tout en restant drôles voire comiques. Il ne s’enferme pas dans un contenu purement horrifique, le rythme est soutenu et ses récits deviennent tout de suite très intéressants. Ce mec est un auteur plus que doué.

Ce volume se paye le luxe d’avoir quatre illustrateurs et trois coloristes à sa disposition. Les nominés sont Marcio Takara, Tom Fowler, Aaron Campbell, Matias Bergara, et le regretté John Paul Leon qui signe les couvertures. Campbell et Bergara assurent le dessin de la majorité des épisodes tandis que Jordie Bellaire, Cris Peter accompagnés de Jordan Boyd s’occupent de la colorisation. La partition graphique se compose de genres illustratifs différents qui se marient merveilleusement bien, la sensibilité de tous transparaît à chaque page malgré l’atmosphère si particulière que requiert Hellblazer. Takara joue la carte de l’épaisseur du crayonné avec l’aide de grands aplats de noir rehaussé par les nuances hallucinatoires vertes et violettes de Peter. Ensuite Fowler appuie les contours arrondis, recherche le maximum de gros plans et l’expressivité. Il propose un style ample mais efficace, Boyd reste dans cette continuité. Campbell démontre un talent indéniable dans la représentation ambiancée et élaborée avec l’aide d’une encre de chine gavée de plomb. Bergara travaille de manière épurée et dynamique avec un encrage moins chargé, l’énergie et la vitesse prédominent chez lui. Jordie Bellaire prend en charge les couleurs. La rotation des dessinateurs le pousse à appliquer une approche cohérente pour que la narration puisse être raccord. Il porte le titre à bout de bras. Les éclairages rouges, bleus, jaunes se veulent électriques et crus chez Campbell. Par contre il devient plutôt aérien, lumineux et chatoyant avec Bergara. L’approche de sa pigmentation est incroyable et inventive. Les mises en scène et pages à huis clos offrent leur lot de planches démentes.

Auréolé d’un prix ACBD pour Coda, le run de Simon Spurrier sur Hellblazer ne doit pas souffrir de la comparaison ou être éclipsé, bien au contraire. Avec la parution de deux albums coup sur coup, les éditions Urban Comics ont décidé de mettre les petits plats dans les grands. Ces ouvrages sont des lectures inévitables pour tous les aficionados du spécialiste des sciences occultes traînant son karma maudit et sa synchronicité infernale. Personnellement, je me suis régalé sans aucune modération avec ce joli pavé que j’ai pris en plein dans les chicots.

Chronique de Vincent Lapalus.

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