BODYCOUNT

Raphaël, mon personnage favori refait un tour de piste ce mois-ci avec Bodycount, un album qui se démarque de la ligne éditoriale classique. La violence y est omniprésente et expéditive. C’est une véritable boucherie et je préfère vous prévenir que ça ne fait pas dans la dentelle. Les responsables de ce carnage ambulant sont Kevin Eastman (encore lui), Simon « Metal » Bisley et Steve Lavigne. Ce one-shot est traduit pour la première fois en France grâce aux éditions Vestron. 

Casey Jones adore traîner dans les bars. Il trompe l’ennui en prenant un pied royal à chercher les embrouilles à tout le monde afin de se bastonner avec des tocards notoires. À chacun son hobby ! Mais ce soir, la chance l’abandonne, il va se faire fissurer la tronche par le pire enfoiré du coin et sa bande. Entre les vols planés et une soupe de phalanges dans les ratiches, Casey va faire une magnifique rencontre. Il va tomber sur la ravissante Midnight, une belle au milieu des bêtes. Elle terminera les présentations avec un splendide coup de savate dans les pommettes. Le père Jones est aux anges. La nénette n’a pas trouvé meilleure idée que de vouloir se réfugier dans ce rade pourri. Elle est poursuivie par le célèbre Johnny Woo Woo secondé par la triade. Ce type est une pourriture finie, une vraie racaille de Shanghai. Il est équipé de mains bioniques et se trouve être le nec plus ultra des nettoyeurs. Son contrat est de fumer la donzelle, elle aurait apparemment mis le nez dans des affaires qui ne la concernait pas.

Johnny raye ce lieu de boisson de la carte, il entraîne Casey et Midnight dans l’arrière-cour pour les flinguer. Comme le hasard fait bien les choses, Raphaël qui passait dans le coin, vient filer un coup de patte à son meilleur pote. La plus rageuse des quatre Tortues Ninja joue de la tatane ce qui fait dégénérer la situation. La fine équipe prend le dessus et réussit à s’enfuir. Pendant une petite pause récréative, la demoiselle demande à nos deux serviteurs s’ils accepteraient de l’escorter jusqu’à Pittsburgh. Elle irait trouver refuge au Sanctuaire, un endroit qui lui permettrait de disparaître afin de mettre de la distance avec Johnny. Pas folle la guêpe !

Leur bon cœur les perdra, ils acceptent la mission sans réfléchir. La course-poursuite continue de plus belle, le FBI s’invite également à la fête. Notre sympathique « dynamic duo » accompagné de leur drôle de dame part dans une équipée sanguinaire où les coups de manche de pioche ainsi que les enchainements de kung-fu vont pleuvoir comme des grêlons. Les droites sont généreusement distribuées, les bastos tombent telle la punition divine. Le grenadage s’exécute avec un certain enthousiasme et pour compléter le tableau, les globes oculaires volent comme des météorites. Arrivés au Sanctuaire, ils seront accueillis par Seigneur Martin, le maître des lieux. C’est un beatnik qui a un peu trop forcé sur le buvard acidulé mais il est malgré tout en mesure de pouvoir protéger Midnight. Cette traque trouvera une conclusion entre les murs de la vieille bâtisse dans une orgie d’hémoglobine. Raphaël, Casey et Midnight ne feront pas de quartier ni preuve d’aucune pitié envers leurs adversaires.

Kevin Eastman se lâche complètement avec cette mini-série qui fut initialement publiée à l’aube des années quatre-vingt-dix. Il ne cache pas les influences « urbaines » empruntées à Frank Miller. Ne cherchez pas une quelconque subtilité scénaristique, il n’y en a pas. L’auteur désire simplement pondre un récit rondement mené avec ses personnages préférés. Ca virevolte en long, ça castagne en large et ça trucide en travers avec une certaine exaltation comme dans un excellent long métrage labélisé John Woo.  L’action est diluée dans une injection d’adrénaline dosée à neuf-cents pour cent. C’est une odyssée barbare qui reflète parfaitement son époque.

Eastman réalise les « layouts » pour montrer la feuille de route à Simon Bisley qui s’empare des crayonnés pour imposer son style phénoménal et brutal. Nous nous retrouvons artistiquement dans de la furie graphique, ce mec libère toute sa putain de rage à l’aide de son crayon et de l’encre de chine. Bisley sublime le côté bestial de Raphaël. Il donne un aspect effrayant à Casey Jones, que l’on croirait tout droit sorti de « La Nuit des masques ». Ses femmes possèdent des corps bodybuildés, à la limite de filer des complexes à n’importe quel bonhomme. Les saïs en forme de hachoirs rentrent dans la chair comme dans du beurre et l’impact des balles laisse des trous béants. L’illustrateur accentue la difformité des protagonistes afin de mieux faire ressortir la pourriture intérieure qui les habite où motive leurs actes. Le dessin est pensé à une échelle esthétiquement démesurée, les planches nous fracassent les rétines. Le style se veut méchamment hargneux et buriné. L’agencement des cases est aidé par des couleurs percutantes et explosives avec un lâcher prise totalement assumé, la colorisation claque à haut niveau. Simon Bisley et Steve Lavigne signent des pages à l’impact visuel époustouflant.

Ce titre aux éditions Vestron cartonne dans tous les sens du terme. Il fait figure de pièce maitresse dans l’ère où la bande dessinée prônait le « What The Fuck » avec un « je-m’en-foutiste » débordant. Son unique but est de divertir, de montrer que le neuvième art en a dans le falzar en se foutant royalement des bonnes mœurs. Sa lecture vous fera saigner des gencives et vous éclatera les chicots façon bowling.

Croyez-moi, avec Bodycount, le strike est assuré. !

 Chronique de Vincentello.

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