PLUNGE

Après Basketful Of Heads, Joe Hill récidive dans la thématique de la frayeur en compagnie de l’immense Stuart Immonen au dessin et à l’encrage. Dave Stewart, son génial homologue aux couleurs, complète la formation de cette équipe artistique horrifique. Plunge va vous faire apprécier les milieux aquatiques hostiles ainsi que les étendues de terre entourées d’eaux glaciales et sauvages. Urban Comics supervise la traduction de cette baignade interdite.

En 1983, le Derleth un navire de recherche et d’exploration disparaît mystérieusement. En octobre 2020 à la suite d’un tsunami, un signal de détresse est émis depuis la balise de ce bateau fantôme. Une équipe est dépêchée pour enquêter sur la carcasse de l’embarcation qui s’est échouée sur l’archipel d’Ungayagasta en Russie. Ce groupe est composé des plongeurs de l’extrême, les frères Carpenter (Gage l’aîné, Russell le cadet et Clark le troisième larron). Moriah Lamb et son ami Bill, des biologistes, les accompagnent ainsi que David Lacome le vice-président du département des projets spéciaux chez Rococo International et d’autres collaborateurs.

Une fois sur place, les recherches peuvent commencer. Lorsque cette expédition pose le pied à terre, les participants réalisent avec surprise que trente-et-un membres du Derleth les attendent. Ils n’ont pas pris une ride mais quelque-chose ne tourne pas rond. Les « égarés » ont le teint blême et n’ont plus de globes oculaires. Ils sont infectés par un parasite, une conscience unique les contrôle tous. Cet hôte a besoin d’êtres humains sains. Il propose un marché à la fratrie Carpenter et à leurs compagnons. L’organisme demande aux scaphandriers d’ouvrir une écoutille qui lui est inaccessible. En échange, pour donner un coup de pouce à l’humanité, il leur offre une fiole qui peut fournir une énergie propre et durable au continent américain pour des milliers d’années ainsi que la résolution d’équations mathématiques.

Les frangins Carpenter et miss Lamb flairent le piège et l’excursion vire au cauchemar. Tout le monde comprend que la situation va dégénérer assez rapidement et qu’ils serviront de poudre à canon pour une espèce extraterrestre. Gage, Rusell, Clark, Moriah, Bill tentent de quitter l’île et d’oublier cette tourmente de violence. Ce qui n’est pas du goût de Lacome, qui en bon chef d’entreprise souhaite tirer profit des offrandes. Les « sangsues » ont pour unique but de féconder un œuf géant afin de donner naissance à un enfant, un nouveau spécimen. Pour ne rien arranger, la marine russe rentre aussi dans la danse. C’est une véritable course contre la montre qui s’engage afin de savoir qui veut sauver sa peau le premier ou se démarquer des autres pour arriver à ses fins. La survie dépendra du prix élevé des sacrifices. Tout ceci s’achèvera de manière abrupte. Les survivants, s’il y en a, connaîtront l’échec. Ils pourraient frôler la mort ou pire, voir leur enveloppe charnelle rejoindre la colonie.

Joe Hill réalise une nouvelle prouesse scénaristique, il ne cache pas les influences empruntées à John Carpenter et H.P. Lovecraft. Son récit maintient la pression, le suspense est à son comble. L’auteur mélange les genres tels que la science-fiction, le fantastique, l’action et la physique quantique avec habileté. Le rythme y est soutenu, le scénario bascule dès la fin du premier chapitre pour arriver à une conclusion d’épouvante cosmique. L’histoire est taillée sur mesure dans le cycle du folklore synthétique que n’aurait pas renié le créateur de Cthulhu. Hill donne sa version explosive de l’horreur avec un grand boom et sa vision contemporaine du monstrueux.

Maintenant, comment peut-on aborder le travail de Stuart Immonen ? Tout simplement en partant du principe qu’il est juste un narrateur de comic-book exceptionnel. Cet artisan de l’image varie et repousse les limites de son style à chaque projet sur lequel il planche. C’est là que réside toute la force et la puissance de ce virtuose. Il employait un trait arrondi sur Superman, des contours « cartoonesques » sur Nextwave et Ultimate Spiderman. L’artiste utilisait une esthétique représentative sur Star Wars où aérée avec Empress, laissant ainsi la couleur exploser et dominer le crayonné. Voilà donc quelques exemples pour démontrer le talent du bonhomme. Wade Von Grawbadger étant absent sur Plunge, Stuart Immonen porte la double casquette de dessinateur et encreur. Il se plaît à jouer avec les ombres, la lumière, les textures et le modelé. Cet illustrateur n’a plus rien à prouver en matière d’efficacité dans la composition (assez évocatrice), l’anatomie, les perspectives, les cadrages où le découpage. Sa mise en page est complexe voire fantasque mais elle possède en plus une touche élégante et majestueuse. La partie graphique est tout bonnement bluffante.

Dave Stewart fournit un travail toujours aussi solide pour les nuances. Elles sont au diapason avec le ton de cet univers qui bascule dans l’effroi interstellaire. La pigmentation chavire lorsque le script prend un virage décalé, ce qui amène les teintes à renforcer la sensation d’angoisse.

En bref, je ne saurai trop vous recommander cette lecture asphyxiante et abyssale adaptée aux éditions Urban Comics. Elle est née de l’imaginaire un peu tordu du King Jr pour nous faire frémir et tressaillir page après page.

Chronique de Vincent Lapalus.

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