FILLES UNIQUES T1- Paloma

Ça commence par un rappel impitoyable.

La vie est rude, injuste, souvent jalonnée d’épreuves qu’il est nécessaire de surmonter avec vaillance.

C’est parfois dès l’enfance que les emmerdes apparaissent.  Nous ne sommes pas égaux et on s’en rend compte finalement assez vite. Il y a aussi, dans nos parcours respectifs de belles rencontres et de jolies opportunités qu’il faut savoir saisir.

Avec Filles Uniques, une série prometteuse éditée par Dargaud, les BEKA brossent des portraits captivants. Ils nous guident avec un procédé narratif judicieux à la découverte de demoiselles solidement ancrées dans leur époque.

Elles traversent l’adolescence, une période charnière et tout ne se fait pas simplement. Elles sont différentes peut-être moins conventionnelles mais sous l’impulsion de Chélonia, une pirate informatique décidément pleine de surprises, elles vont tenter de créer un groupe, un îlot solidaire pour affronter l’adversité.

Certes, on est très loin du Club des 5 et c’est assez savoureux. Leur collaboration promet toutefois de belles aventures car la petite troupe est composée de personnalités singulières, attendrissantes et pleines de ressources.

Dans ce premier épisode d’une saga prévue en cinq actes, on fait la connaissance de Paloma une jeune personne au passé chaotique. Elle a longtemps été ballotée au sein de plusieurs familles d’accueil. Depuis quelque temps, elle a trouvé la stabilité auprès de Liselotte Berger, une professionnelle aux nerfs d’acier qui ne s’en laisse pas compter. Elle parvient à endiguer les changements d’humeur d’une jouvencelle solitaire, provocante et colérique.

Malgré son refus de participer à la petite communauté, elle aura en face d’elle quatre diablesses prêtes à tout pour la faire changer d’avis et découvrir qui elle est vraiment.

C’est un récit plaisant que nous proposent Caroline Roque et Bertrand Escaich. Ils nous embarquent dans une enquête qui tient toutes ses promesses. Les personnages sont attachants, bien construits et au fil des pages on se prend au jeu. On se surprend à collecter les indications distillées avec adresse. Ce livre dessiné moderne et romancé est à la fois intrigant et convaincant. Sa grande force est sans doute de s’adresser à un public très large tout en affichant une connaissance parfaite de la tranche d’âge dont il est question. Sans en avoir l’air, cet opus liminaire aborde des thématiques universelles permettant à nos teenagers de s’identifier facilement et aux parents de se sentir un peu moins seuls.

On décèle rapidement en arrière-plan une excellente idée et une déclinaison assez ingénieuse. Les auteurs touchent ici à l’émotion, à la sensibilité avec une évidente maîtrise.

Côté dessin, Camille Méhu a su trouver le ton juste pour séduire et charmer avec des illustrations très proches de l’animation. Elles sont contemporaines, vives, fraîches et douces, bref, ravissantes. Les couleurs qui se succèdent délicatement dans la première bande dessinée de l’artiste imposent un rythme, un séquençage extrêmement intelligent qui nous entraîne avec une efficacité redoutable. La jeune diplômée de l’école des Gobelins que la scénariste avait découvert via Instagram signe une prestation graphique absolument remarquable.

Filles uniques est une série qui, en plus d’avoir un titre percutant, colle parfaitement à l’air du temps. Elle s’amorce idéalement avec un premier épisode astucieux et alléchant qui laisse clairement présager le meilleur. Il y a beaucoup de finesse dans cet album mais aussi un traitement graphique étonnant, subtil et pertinent.

Chronique de Stéphane Berducat

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