Je suis Sofia

Son autrice qui a travaillé longtemps dans l’audiovisuel et qui dirigea la section des documentaires Art et Culture pour France 5 a su tirer profit de son expérience pour composer un one shot à la fois intimiste, émouvant, sérieux et fort. Elle possède le talent rare de savoir comment donner à comprendre sans jugement et une approche objective indispensable lorsque l’on traite ce type de sujet.

Avec Je suis Sofia, Céline Gandner et Maël Nahon nous offrent un témoignage puissant, sans filtre, ni tabou sur la transidentité, un ouvrage important écrit dès février 2019 qui se démarque par sa sincérité et sa forme hybride à mi-chemin entre docu et bd.

Alors qu’elle prenait un virage radical dans sa vie professionnelle, en entamant une reconversion dans le neuvième art, elle s’est rendue disponible pour entendre les propos de Sofia, une transgenre courageuse bien décidée à tout entreprendre pour être enfin heureuse.

Le roman graphique paru aux éditions Marabulles débute au moment où elle retourne en Italie pour retrouver lors d’un court séjour une famille avec laquelle elle tissa des liens forts. Dans le cadre de ses études artistiques, elle fut jeune fille au pair au sein de leur foyer une vingtaine d’années auparavant. Pendant quelques mois, elle s’occupa d’Edoardo et Amedeo, les enfants de Massimo et Gioia.

Plusieurs années se sont écoulées. Lorsque l’ex-étudiante en art débarque à l’aéroport pour retrouver le couple et ses enfants, elle a un choc. Elle réalise qu’Edoardo est devenu Sofia, une jeune femme qui fit son coming out quelques mois auparavant et qui décida en novembre 2018 de s’envoler pour la Thaïlande afin de subir une opération qui mettra fin à sa souffrance et au drame intérieur qui la ronge.

Au fil des échanges, une connivence entre les deux femmes s’installe, de la complicité et surtout de la confiance. La jeune bédéiste perçoit alors qu’elle a l’opportunité de contribuer à l’évolution des mentalités car Sofia accepte de lui confier son intimité. Sans détour, elle lui dit tout, de son état d’esprit d’abord mais aussi sur ce corps qu’il faut se réapproprier. Et puis, il y a l’entourage familial, un frère, des parents qui apprennent à vivre avec ce bouleversement faisant preuve d’ouverture et de bienveillance même si ce n’est pas toujours évident. La scénariste décide de les accompagner et prend conscience que ce sujet universel véhicule pas mal de questionnements. C’est donc assez naturellement qu’elle envisage de consacrer un album de bande dessinée à ce sujet délicat et plus actuel que jamais.

Rome est un personnage à part entière de ce récit et il est plaisant de se balader au fil des pages dans les rues de cette ville merveilleuse. Elle offre des temps de contemplation utiles, de la légèreté et permet au lecteur de prendre au passage une bonne bouffée d’air afin de mieux digérer des explications denses mais claires.

Pour mettre en cases ce script bouleversant, l’autrice a bénéficié du concours de Maël un illustrateur militant LGBTI qui a lui-même effectué une transition de genre F to M. Il apporte une réelle caution et un œil éclairé. Après avoir été rassuré sur l’ambition du projet, il a accepté de l’illustrer. Son dessin rond confère de l’élégance, de la douceur et de la spontanéité. Quant au choix d’utiliser uniquement 3 ou 4 couleurs, il s’avère au bout du compte ingénieux et poétique.

La couverture flashy capte le regard et nous aspire judicieusement.

Je suis Sofia est un docu romancé qui fait partie de ces livres qui comptent car il interpelle notre sensibilité, nous heurte et nous fait avancer.

Il explique sans voyeurisme, avec pédagogie la transition et tout ce qu’elle induit.

Par le biais d’un parcours de vie à la fois saisissant et percutant, il tord le cou aux idées reçues, donne à comprendre et participe sans aucun doute à l’image de l’album « Appelez-moi Nathan » à faire changer notre regard ce qui est son principal intérêt. Le visionnage du documentaire « Je suis Sofia » qui précède l’intervention est un formidable complément à cet opus éclairant.

Céline Gandner et Maël Nahon nous proposent également avec ce titre une histoire d’amour et d’espoir précieuse et séduisante dont la lecture ne laissera personne indifférent.

Chronique de Stéphane Berducat.

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