AGATA T2: Broadway

Après un stupéfiant premier volet de sa série Agata, Olivier Berlion est de retour avec un second épisode somptueux qui bouscule un peu les codes.

Intitulé Broadway et publié par Glénat, l’ouvrage devrait régaler les amateurs de films de gangsters mais aussi les adeptes de prestations graphiques solides et lumineuses.  Ils auront le plaisir de retrouver un bédéiste constant, exigeant qui se démarque par des scripts basés sur des faits réels à la fois captivants et documentés, mais également par l’usage régulier d’une multitude de techniques

Avec ce tome qu’il aura fallu attendre patiemment car maintes fois différé à cause de la crise sanitaire, l’auteur poursuit un récit parfaitement installé.

On en sait enfin davantage sur les origines de l’attachante demoiselle et sur les motifs de son départ de Pologne pour les États-Unis.  A son arrivée, Agata Lietewski est hébergée par son oncle et sa famille. Elle trouve rapidement un emploi et un cadre accueillant. L’intégration est aisée et tout semble lui sourire.

Charlie Lucky Luciano s’est quant à lui imposé. Ce mafieux brillant et avide de pouvoir a fondé une organisation criminelle dont il tire non sans risques de confortables revenus. Il est craint et respecté mais un juge incorruptible, un président réformateur et le patron d’une entreprise de cimenterie vont entraver ses projets. L’entrepreneur polonais refuse de céder aux intimidations ce qui entraîne la séquestration de son fils ainsi que celle de notre héroïne.

Il y a ensuite une entrevue peu conventionnelle pendant laquelle il se produira quelque chose d’impalpable, une attirance inattendue que le bandit peinera à dissimuler. Rapidement hypnotisé et dans l’incapacité de la supprimer, il lui proposera un arrangement profitable, le maintien dans une cage dorée en échange de la promesse du lancement de sa carrière de chanteuse et musicienne. Le brigand est bousculé, déstabilisé car l’émigrée polonaise ne réagit pas comme la majorité des femmes qui l’entourent. Elle est indépendante, fière et déterminée à choisir sa place.

En dehors de cette relation, Olivier Berlion nous conte une lutte de territoire sanglante. On est proche des fameuses séries comme Boardwalk Empire et on ne boude pas notre plaisir.

Dans cet opus généreux et rythmé, il mélange le réel et la fiction avec subtilité. Il n’y pas de temps mort et on en a clairement pour notre argent. Il retrace le parcours de Luciano et c’est passionnant.

Par le biais de flash-backs distillés au fil des pages on revient sur le passé de la belle, mais aussi sur celui de James Czapki, un ex-truand transformé en patron de bar dont on devine assez vite qu’il n’est pas qu’un figurant.  Cette histoire contient de vrais méchants, des coups de feu et des drames, tous les ingrédients pour nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page.

Côté dessin, on est bluffé par le travail titanesque qui transpire de chaque case. Le découpage est immersif et ingénieux. On en prend plein la poire avec des angles de vue variés, des cadrages inventifs et des panoramas à tomber. Les personnages foisonnent et sont clairement inspirés des clichés de l’époque. La ville qui ne dort jamais, New York, est parfaitement mise en valeur avec des points de vue prodigieux.

L’artiste nous éblouit avec un dessin traditionnel détaillé et superbe. Dans le livre introductif, il avait fait preuve de plus d’unité, de rigueur pour correspondre au marché et aux attendus éditoriaux.  Dans cet acte deux, il a lâché les chevaux. Sa recherche permanente d’une esthétique riche et d’un rendu étourdissant est facilement perceptible. Il est allé au bout de ses idées s’octroyant une récréation graphique, une expérimentation jubilatoire qui suscite un régal visuel. Il utilise le Bic, les feutres, de l’encre, de la gouache, de l’aquarelle mais aussi de l’acrylique qu’il applique avec aisance à la plume ou encore au pinceau. On en prend plein les yeux du début à la fin.

Agata c’est une série qui dépote, une fresque singulière et un joli voyage dans l’Amérique des années 30. C’est aussi et surtout le parcours d’une femme qui malgré les circonstances refuse de renoncer à son libre arbitre et à l’épanouissement, en bref un récit intemporel, divinement bien dirigé et absolument convaincant.

Chronique de Stéphane Berducat

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s