HÉMATITE

Hématite est une adolescente tout ce qu’il y a de plus normal… enfin pas tout à fait ! Élaborée à quatre mains par Victoria Maderna et Federico Piatti, cette création prend place avec immense fracas dans le catalogue des éditions Dargaud.

La demoiselle au regard mélancolique en pince pour un mystérieux humain « Émile ». Elle compose de ténébreux poèmes, tous destinés à son amoureux. La vie n’est pas facile pour Hématite. Elle est fille unique et issue d’une grande lignée de suceurs de sang, les Blackwood. Elle aspire à un avenir différent, ce qui ne convient pas à ses parents. Au grand dam de sa famille, elle a décidé d’aller à l’école Wolven school, établissement mixte, au lieu de se rendre dans la prestigieuse Académie Diaemus, où seuls les vampires peuvent étudier. Elle y côtoie un incroyable échantillon de créatures légendaires et l’énigmatique élu de son cœur. L’intégration dans cette institution ne se fait pas aisément. Plutôt solitaire, elle est régulièrement victime des sarcasmes de la part de certains de ses camarades. Ces affrontements la font sortir de ses gonds. Lorsqu’elle est énervée, elle se transforme en une véritable furie et toute l’assemblée frémit de peur. Il est clair qu’avec des réactions aussi effrayantes, il n’est pas facile de se faire des amis. La seule qui la soutient est Drunela, une Draugr, communément appelée « goule » ! La rebelle emmène régulièrement Hématite dans des expéditions périlleuses et l’entraîne avec elle dans des situations délicates. Entre les agissements extravagants de sa copine, ses sentiments cachés pour le discret et réservé Émile, les altercations avec ses comparses peu scrupuleux et des parents plutôt pompeux, elle trouve péniblement sa place. Mais nous savons tous que la période de l’adolescence n’est pas la plus facile, même si elle est également truffée de belles choses et de joyeux événements…. Allez dire ça à la sombre teenager qui trouve que son existence manque d’éclat !

Ce qui m’a attirée de suite dans cet album c’est son caractère « à l’ancienne ». Le graphisme est d’un style rétro et les teintes douces, sont de coloration pastel. J’y décèle un peu du précurseur de la bande dessinée Georges Colomb, dit Christophe, qui nous a enchantés, à la fin du XIXème siècle avec La Famille Fenouillard.  J’y détecte de plus un soupçon de l’incontournable Honoré Daumier, dessinateur prolifique, auteur de plus de quatre mille lithographies. L’ouvrage de notre couple argentin est certes plus haut en couleur, ce qui lui donne un petit côté Joann Sfar, mais d’un genre plus rond et plus velouteux. Pour leur première immersion dans le domaine de la BD, ils n’ont pas choisi la facilité. Les personnages sont hors normes et plutôt d’un autre temps. A une période où le manga a le vent en poupe, une création avec tant de hardiesse est la bienvenue. Je n’ai rien contre les publications venues d’Asie, j’en consomme une grande quantité, mais je me délecte de conceptions plus originales, qui s’écartent un peu des sentiers battus et des phénomènes de mode….

Le récit est bien mené, on y perçoit les difficultés que rencontrent nos jeunes lors de leur passage de l’enfance à l’âge adulte : premiers émois, pic de croissance, socialisation complexe, relation parent-enfant compliquée, etc… Tout cela est subtilement présenté, nous conduit à la réflexion et apporte des solutions.

Malgré son aspect lugubre et maussade, il est relevé d’un astucieux dynamisme. Intrigant et envoûtant, il est réalisé d’un trait élégant et raffiné. Passionnée de vampires depuis la nuit des temps, j’ai rêvé et je songe encore, qu’un soir de pleine lune un descendant du prince de la nuit me croque à pleine dents… Ce titre est indéniablement un de mes gros coups de foudre et le doux nom de ce premier tome « sérénade » m’incite à vous proposer de le lire tout en écoutant le morceau « The Moon » de la chanteuse à la voix satinée du groupe mythique « Morcheeba. Quoi qu’il en soit, j’espère que notre pimpante vampirette, qui ne boit pas de sang, mais se nourrit de plats végétariens, trouvera son équilibre dans ce monde empli d’étranges personnages et que sa mue la portera à devenir une fringante et ravissante chauve-souris !

Chronique de Nathalie Bétrix

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