IMPACT

Impact, c’est une onde de choc, un petit format d’aspect minimaliste qui nous fait au bout du compte une énorme impression. Il nous captive, nous hameçonne et nous retourne avec une efficacité diabolique.

Gilles Rochier et Zac Deloupy signent chez Casterman un thriller social dramatique, haletant et renversant qui a le don de nous mettre dans tous nos états.

C’est l’histoire de deux hommes. Il y a d’abord Jean, un ouvrier malade et hospitalisé qui se sait condamné. Sa vie étant à son terme, il sort un peu de sa réserve acceptant enfin de fendre une armure forgée au fil des années. Solide et solitaire, il est désormais plus enclin aux confidences d’autant qu’il a identifié un compagnon d’infortune sympathique disposé à l’écouter. Il peut enfin soulager sa conscience. On apprend au fil des pages que ce taiseux était un professionnel consciencieux et passionné qui sacrifia volontiers une partie importante de son existence à son labeur.

Le deuxième, c’est Dany, un délinquant mutique, bagarreur et multirécidiviste. Avec Gigi et Mario, des copains issus comme lui de la cité, il s’amusait à faucher des voitures jusqu’au jour où tout a basculé. Aujourd’hui, ce jeune adulte tourmenté est dans l’obligation de se faire soigner, d’entreprendre une thérapie avec une psychanalyste. C’est son unique alternative pour échapper à la prison et espérer prendre un nouveau départ.

Ils n’ont en apparence pas grand-chose en commun et pourtant un événement funeste et un lourd secret les relie.

Après avoir collaboré pour une short story publiée dans la revue Pandora il y a 3 ans, les bédéistes ont décidé de poursuivre l’expérience.

Gilles Rochier est parti de cette production et après une certaine maturation, il a donné naissance à cette intrigue.

Il a écrit deux scénarios, deux chemins de vie. Dans le premier, il livre une vision impitoyable du monde syndical ainsi qu’une perception désabusée et lucide d’un monde ouvrier en voie de disparition. Dans le second, il aborde avec justesse un certain déterminisme social, la ségrégation spatiale, l’enfance brisée, les mauvaises fréquentations, et les influences néfastes.

C’est ensuite son dessinateur, également éditeur et scénariste, qui s’est chargé de réaliser une synthèse, un assemblage donnant vie à un texte puissant et inéluctablement addictif.

Les deux auteurs s’étaient rencontrés sur un salon à Saint-Étienne, leur association s’est lentement imposée. Ensemble, ils décrivent avec justesse un monde qui ne leur est pas très éloigné et ça se ressent fortement. 

Ils ont en commun une fibre sociale qui transpire dans leurs créations respectives. Il est évident que ce livre dessiné fait écho à leurs préoccupations.

Il est habité par une narration qui suit un rythme tonitruant mais qui contient aussi de nombreuses ruptures et quelques scènes silencieuses judicieusement insérées. Elle est parsemée d’images significatives et de métaphores inventives et troublantes.

Zac Deloupy livre une prestation graphique absolument bluffante qui habille des textes rares mais incisifs. Il a récupéré un script qui comportait peu d’indications, il se l’est parfaitement approprié imaginant une mise en scène saisissante, des séquences fortes, riches et un va et vient adroit et constant qui nous promène malicieusement d’un personnage à l’autre.

D’emblée, il nous prend par la main jusqu’au moment fatidique où tout dérape. La mécanique s’est patiemment installée et on se laisse totalement embarquer par une histoire sombre, émouvante et percutante.

Le dessinateur d’origine stéphanoise a choisi de recourir à un gaufrier en apparence classique qu’il casse parfois à la faveur d’une case forte ou d’une idée importante permettant ainsi au lecteur de reprendre son souffle. Il utilise ensuite un dessin traditionnel, une ligne claire redoutable. Il se dégage de son encrage poussé une énergie incroyable. La colorisation numérique est une composante essentielle de ce récit, un outil parfaitement maîtrisé qui nous scotche littéralement.

Impact est un opus mémorable dans lequel tout est savamment distillé. Il nous renvoie quelque chose de fort tout en nous invitant à la réflexion. Il nous rappelle que la vie est précieuse et qu’elle peut vaciller à chaque instant. C’est une petite merveille, une proposition originale et convaincante qui témoigne d’une prodigieuse maîtrise. Elle démontre parfaitement qu’il n’est pas forcément nécessaire quand on a du talent d’en faire des tonnes pour produire un maximum d’effet.

Chronique de Stéphane Berducat.

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