ALICIA PRIMA BALLERINA ASSOLUTA

En dépit de l’apparence classique d’une biographie dessinée élogieuse et académique, c’est une virulente critique du castrisme que nous propose chez Rue de Sèvres l’autrice Eileen Hofer.

Dans ce one shot généreux et d’une beauté envoûtante, intitulé Alicia Prima Ballerina Assoluta, la scénariste revient sur le destin incroyable d’une danseuse et chorégraphe douée que le régime de Fidel Castro érigea au rang d’icône.

 A 20 ans, elle devint quasiment aveugle, ce qui ne l’empêcha pas d’imposer son style inimitable et de se produire dans le monde entier. Bien qu’elle ne distinguât plus que des ombres, elle continua à s’orienter avec l’aide de ses partenaires mais aussi grâce à des repères lumineux habilement disposés sur la scène. Elle incarna tous les rôles classiques mais c’est celui de Giselle qui marqua durablement les esprits. L’étoile collabora avec les plus grands maîtres (Roland Petit, Maurice Béjart….) et servit de modèle à plusieurs générations.

Elle a su profiter des faveurs de Fidel Castro. Avec son soutien, elle créa le ballet national de Cuba, une école réputée et exigeante qu’elle dirigea longtemps d’une main de fer et qui s’imposa rapidement dans la société cubaine. Elle permit à sa discipline d’avoir un rayonnement, une place à laquelle elle ne peut prétendre dans aucun autre pays. Elle laissa un héritage artistique important.

Mais cet album c’est aussi l’histoire de femmes courageuses qui luttent dans un état en faillite. Il y a la jeune Amanda qui s’accroche à son rêve de devenir une grande ballerine, sa maman infirmière qui s’illusionne, tente de rester positive et Manuela son amie qui danse dans un cabaret doit avoir recours à la prostitution pour gagner suffisamment d’argent pour élever seule son enfant.

En nous proposant d’accompagner ces personnages au fil des pages, la cinéaste, journaliste et photographe suisse met habilement en relief la situation économique et politique d’un pays qui ne peut offrir à ses habitants qu’un avenir extrêmement limité. La pénurie est la norme et le recours au marché noir est devenu indispensable.

L’information est contrôlée et la discrétion plus que recommandée.

Côté dessin, on est littéralement subjugué par la prestation de Mayalen Goust. L’illustratrice livre des planches d’une affolante sensualité qui coïncide parfaitement avec le climat ambiant. Avec son crayon de papier et ses couleurs numériques elle reproduit avec délicatesse la grâce des danseuses, leurs positions et la beauté des paysages.  Elle nous transporte d’un lieu à l’autre avec simplicité et élégance.

Elle représente la maîtresse de ballet avec beaucoup de fidélité. On retrouve son style raffiné et c’est assez plaisant.

Malgré son emballage doux et ses images somptueuses, l’album dévoile une analyse impitoyable mais lucide. C’est une divine surprise et un bel hommage à un peuple courageux et fier, à la culture cubaine et à une artiste inoubliable.

Chronique de Stéphane Berducat

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