En toute conscience

Il y a des bandes dessinées qui tombent à pic, font écho à l’actualité et contribuent à nourrir les débats.

En toute conscience fait partie de ces albums importants qui nous bousculent en abordant des sujets clivants et délicats.

Dans cet épais one shot édité par Delcourt, Olivier Peyon nous propose de partir à la rencontre de militants revendicatifs bien décidés à ce que leurs dernières volontés soient entendues.

Réunis au sein d’une association, ils ont choisi de venir en aide à ceux qui, malades ou usés, décrètent que leur dernière heure est arrivée et qui souhaitent du même coup interrompre leurs jours. Ce sont majoritairement des hommes et des femmes d’un certain âge. Ils ont la particularité d’avoir vu des proches mourir. Ils affichent leurs convictions et ils sont de plus en plus déterminés à les défendre publiquement.

L’auteur décrit les ultimes instants puis des actes codifiés qui s’accomplissent illégalement un peu partout. Il lève le voile sur l’accès aux médicaments et sur l’hypocrisie générale qui entoure la question. Il souligne la complicité d’une société qui préfère fermer les yeux sur une cruelle réalité. Ils semblent être nombreux à préférer ignorer la situation et étouffer les conséquences d’une législation en apparence réactionnaire et inadaptée.

Les membres du groupe de militants sont bouleversés lorsqu’ils voient arriver à une réunion, Vincent, un homme de 25 ans résolu à en finir. Ils sont alors divisés sur la méthode à employer pour que le jeune ambulancier reconsidère ses projets.

En plus d’être un témoignage romancé et prenant qui s’appuie sur des événements et des personnages réels, solidaires et empathiques, l’album contient une autre dimension. Il relaie des arguments simples et cohérents qui n’ont hélas que peu de place dans l’espace public mais surtout les paroles de ceux qui souffrent et espèrent que quelqu’un répondra présent pour les aider à mourir dans la dignité. Il met également en lumière les séquelles psychologiques que cet acte non anodin et hors la loi peut générer chez les accompagnants.

Livio Bernardo livre une prestation graphique qui nous pousse à l’immersion. D’emblée, il prend le lecteur à témoin, l’aspire pour l’entraîner malicieusement d’une case à l’autre. On monte l’escalier et après il est impossible de relâcher un opus tout en nuances dont le sujet infuse lentement. Avec son découpage entraînant, ses cases sans contours, ses dessins lâchés, le dessinateur nous embarque efficacement. Il donne vie à des personnages attachants, pleins de défauts bref résolument humains. Bien qu’il force malicieusement leurs traits, ces acteurs nous touchent car ils transpirent le commun. Ils sont simplement habités d’une certitude inébranlable. Ils prouvent si on en doutait encore que l’euthanasie résulte d’un long cheminement personnel.

L’usage du noir et blanc ainsi que les divers gris utilisés ne manquent pas de nous remémorer que le sujet est sensible et sombre.

Et puis, il y a de rares couleurs, quelques touches de rouge et de jaune qui ajoutent un peu de fantaisie à un livre qui possède des qualités narratives et graphiques indiscutables.

En toute conscience est un album courageux, émouvant et éclairant. C’est aussi un joli pavé dans la mare, plus actuel que jamais qui a le mérite d’inciter à la réflexion tout en offrant une tribune à ceux que l’on n’entend jamais, ce qui est extrêmement intéressant.

Chronique de Stéphane Berducat.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s