LEONARD COHEN: Sur un fil

Philippe Girard signe chez Casterman un portrait intimiste et élégant qui colle admirablement à un artiste décalé et inimitable.

Dans cet opus intitulé Léonard Cohen : Sur un fil, l’auteur revisite les moments importants de l’ icône, brossant au final un biopic séduisant et efficace introduit par une couverture magnétique.

D’emblée, le bédéiste surprend en nous invitant dans un espace très personnel, la chambre à coucher du poète. Léonard Cohen y vit seul ses derniers instants. Il se rappelle Marianne son amie et muse décédée quelques mois avant lui. C’est au premier abord intrusif mais quand on y réfléchit, c’est aussi un procédé habile, une manière pertinente de dire qu’il n’y aura ni filtre ni tabou.

L’ électron libre assumait un côté gentleman à l’ancienne et une certaine austérité. Sa vie ressemblait pourtant à un roman excitant dont les pages les plus notables figurent dans ce récit qui débute lorsque le songwriter est âgé de 13 ans. On redécouvre ses influences et premiers drames. Très tôt, le talentueux Canadien démontre des aptitudes pour écrire des poèmes et des livres et c’est au moment où le succès s’offre à lui avec « The favorite game » et « Beautiful lovers »qu’il décide de devenir chanteur. Il connaîtra une période faste et heureuse qu’ il passera notamment en Grèce aux côtés de Marianne, son éternelle complice. Il vivra des hauts et des bas et fera de très belles rencontres. Il composera des chansons magnifiques pour lui et pour d’autres. Peu à peu, il sombrera dans une dépression accentuée en partie par ses addictions au LSD et au speed.

C’ était un phénix, singulier et complexe mais également un être tourmenté et lucide.

Avec sa voix grave, intense en perpétuelle évolution, son écriture incomparable, ses textes ciselés et lyriques il aura une très longue carrière. Ses chansons seront massivement reprises et son aura incontestable.

Philippe Girard s’est embarqué dans un projet ambitieux et périlleux. Il est très compliqué de se confronter à un monument comme celui-ci et les critiques étaient nombreux à l’attendre au tournant. Il donne naissance à une sensibilisation sympathique, un joli tour d’horizon qui permet de mieux comprendre un être attachant. Il croque avec finesse les conquêtes que le séducteur a rendu immortelles à travers ses chansons. Il reprend aussi les anecdotes les plus connues, tout en faisant le point sur la spiritualité et les engagements d’un homme à femmes insatiable. La narration constitue une jolie ballade à travers le temps.

Il met parfaitement en relief le processus créatif du musicien qui est toujours parvenu à puiser dans son existence, dans sa vie sentimentale surtout, l’inspiration pour composer des textes d’une impressionnante qualité. Il était doué pour tirer le meilleur des événements traversés, pour transformer les épisodes sombres en lumière et c’est peut-être là l’essence même de son génie

Le dessinateur a composé un one shot au rendu classique et vintage qui démontre qu’il a parfaitement saisi son héros mélancolique et égocentrique. Avec son dessin épuré et raffiné, il nous entraîne à la rencontre d’un créateur qui en dépit de sa simplicité possédait un charisme fou..

Léonard Cohen : Sur un fil est un hommage qui ne manque pas de charme. C’est un roman graphique intéressant, sensuel et classieux mis en cases avec intelligence. Il offre un bel éclairage pour apprécier comme il se doit l’œuvre d’un immense bonhomme inoubliable et marquant.

Chronique de Stéphane Berducat.

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