NOTTINGHAM T1: La rançon du roi

On croyait avoir tout lu sur la légende de Robin des Bois. On avait tort. Il suffisait d’une idée lumineuse et la conjugaison du talent de deux scénaristes en pleine bourre pour qu’une trilogie ô combien prometteuse voie le jour chez Le Lombard.

Dans cet opus introductif de la série Nottingham, le public est désarçonné d’entrée, emporté par l’action mais aussi subjugué par des acteurs stratèges divinement bien campés.

Le roi Richard est prisonnier et Jean sans terre est prêt à tout pour lui ravir le trône. Il fera tout pour empêcher Aliénor d’Aquitaine et les régents anglais et normands de réunir la somme nécessaire pour la libération de leur suzerain. Il enverra pour servir ses desseins Hugues de Morville, un lieutenant cruel et arrogant qui aura sur sa route un adversaire fidèle à son souverain, un esprit de la forêt énigmatique et ambivalent.

Dans un premier volet intitulé La rançon du roi, on est d’abord transporté avec efficacité par Vincent Brugeas et Emmanuel Herzet dans une Angleterre malmenée et sans personne à sa tête. Les auteurs connaissent parfaitement cette période, ses us et coutumes et ça se sent. Ils savent installer en quelques pages un contexte crédible, une époque dangereuse et impitoyable. En 1192, il ne fait pas bon se promener seul dans les bois et les guerriers qui s’y aventurent prennent toujours un risque. Le shérif de Nottingham, William un combattant hors pair n’est d’ailleurs lui-même pas à l’abri de mauvaises rencontres, il en fera les frais. Ce soldat expérimenté est chargé par le roi de faire respecter la loi. Il est aussi responsable du prélèvement des impôts. C’est un notable puissant mais au fil des pages, l’homme se dévoile, l’armure se fend laissant apparaître autre chose que la brute épaisse à laquelle on s’attendait.

L’homme a une âme et une conscience ce qui en fait un être faillible, influençable, humain bref une personne attachante.  C’est alors qu’entrent en jeu des alliés indispensables pour voir aboutir de sombres projets. On découvre notamment deux tigresses parfaitement inoubliables, la première se nomme Marianne, c’est une châtelaine saxonne désargentée et vengeresse et la seconde Scarlett, une sorcière lucide et machiavélique à la tête d’une petite tribu. Qu’on le veuille ou non, elles crèvent les planches et impressionnent bien davantage que les rustres dont elles abusent avec finesse.

La manipulation est bien au cœur de l’intrigue ce qui fait de ce volet liminaire un opus captivant habité de jolis flash-backs réalisés au fusain.

Les bédéistes ont l’intelligence de ne pas surcharger les planches, cumulent les pages muettes, les phylactères sont suffisamment rares pour que les illustrations tiennent le premier rôle ce qui est tout à fait pertinent car Benoît Dellac excelle pour mettre en cases l’avalanche de coups qui suivra. Que ce soit à l’arc, à la hache, la lance ou l’épée, l’artiste nous régale de combats impressionnants nous remémorant les meilleures scènes que compte le genre au cinéma.

On est bluffé par un découpage dynamique où les cases verticales et horizontales s’alternent avec élégance. On est également conquis par des personnages expressifs, travaillés et réalistes qui évoluent superbement sur un terrain périlleux et ravi de découvrir une typographie inventive et finement exécutée.

Denis Béchu offre à la série un rendu singulier avec une succession de belles ambiances froides et intimistes.

Après La cagoule, Vincent Brugeas et Emmanuel Herzet revisitent le mythe avec intelligence pour se mettre au service d’un dessin énergique et puissant, d’un illustrateur qui impose rapidement sa marque. Ensemble, ils ont concocté un divertissement de qualité, une aventure passionnante, audacieuse qui permet aux bédéphiles de passer un excellent moment.

Chronique de Stéphane Berducat.

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