COMME PAR HASARD

Nous attendons tous quelque chose dans la vie avec plus ou moins de frénésie. Pour ma part, depuis quelque temps, c’est l’espoir de voir paraître un nouvel opus de Cyril Bonin. Cette année comme l’an passé je fus gâtée et mon cœur empli d’un souffle de volupté. Les éditions Vents d’Ouest chez Glénat, publient après l’éblouissant one shot Stella un deuxième titre de cet homme talentueux, Comme par hasard.

Je ne suis pas ce que l’on peut appeler « une grande romantique ». Bien au contraire, j’ai plutôt tendance à fuir tout ce qui ressemble de près ou de loin à des histoires d’amour. On me dit souvent et de façon erronée, que j’aime la BD de mecs (!?). Mais comment peut-on encore articuler de nos jours de telles inepties ? Les scénarios de Cyril Bonin sont certes des fresques romanesques, mais elles sont soulignées par un indéniable désespoir. Je vous arrête tout de suite, je ne dis pas que ses récits sont tristes et qu’ils finissent mal, je dis juste qu’ils sont composés de manière plus singulière, plus profonde et que ce ne sont pas « juste » de simples compositions  sentimentales…. C’est au-delà de tout ça !

 A Paris, en 1909, Victor Nimas mène un parcours tout ce qu’il y a de plus normal. Il travaille pour la société académique de comptabilité, ça tombe bien, ce qu’il affectionne ce sont les chiffres. Les futilités et l’imprévu n’ont pas de place dans son existence. Pour lui, tout ça, n’est qu’une perte de temps. Lorsqu’il rentre après une journée de travail, il ne laisse pas son esprit vagabonder, il récite les décimales de Pi. Ce soir, chose curieuse, son regard se pose sur un petit bout de papier qui traîne sur les pavés de la ville. C’est une entrée pour un spectacle des Ballets russes.  Malgré ses réticences pour les choses « légères », il décide de se rendre au théâtre et se laisse galvaniser par la représentation. Envoûté par une des ballerines, il est hypnotisé par sa beauté et sa grâce. La tête encore dans les nuages, il s’en retourne chez lui. Devant l’entrée de son immeuble, il constate qu’il a égaré ses clés. Ce n’est pas de chance ! Pour une personne qui ne croit pas aux coïncidences, ça tombe plutôt mal ! Perplexe, il s’allonge sur un banc pour attendre que le jour se lève et qu’un voisin veuille bien lui ouvrir la porte. C’était sans compter sur une averse, qui l’oblige à faire appel à un serrurier.  Au moment de rémunérer l’ouvrier, il fouille dans ses poches pour trouver quelques pièces et porte la main sur son trousseau. Celui-ci avait pris place dans un trou formé au fond de son veston. Depuis ce jour, jamais rien ne fut comme avant…

Ce que j’apprécie dans les récits de Cyril Bonin, c’est que très souvent je ne décèle plus si je suis dans la vraie vie ou si j’ai atterri dans une dimension parallèle. L’atmosphère devient ambigüe et j’ai l’impression d’être dans un songe. Comme si tous les individus sombraient dans un profond sommeil et que je visitais leurs plus beaux rêves ou cauchemars. J’adore les écrivains Haruki Murakami et José Carlos Somoza qui ont, eux aussi, l’art de m’emporter dans des retranchements complexes, d’où je sors avec la sensation d’avoir vécu une expérience ambivalente.

Depuis cette rencontre, Victor se retrouve avec une existence bouleversée.  Ses journées qui étaient réglées comme du papier à musique, sont affectées de multiples contradictions. Il tombe malade, imagine apercevoir un homme à tête de chat qui le pousse à douter de ses croyances les plus « terre à terre » et se voit contraint de séjourner dans un centre thermal à Baden. Il s’y rend pour soigner la toux qui ne le quitte plus depuis qu’il a couché dehors. Si le hasard n’existe pas, il devra bien se rendre à l’évidence, qu’il y a quand même peu de chance que ce voyage le mène à revoir sa belle. Et pourtant…

Le récit est fin et le dessin d’une incroyable élégance. On y détecte les couleurs chaudes, si chères à l’artiste : le beige, le jaune ou le rose.  Elles sont agrémentées de la teinte qui m’est si agréable : le vert.

Les personnages ont tous une caractéristique authentique : Victor et son nez prédominant. Tania Volkova (la ballerine) ses cheveux blancs et son air mélancolique. Léontine a un regard mutin et respire la fraîcheur.  Monsieur De Diaghilen, directeur de théâtre, a une allure hautaine et le Baron de Viel une apparence bienveillante. Chacun des acteurs que l’on découvre tout au long de l’aventure, cache une personnalité énigmatique. Elle prendra toute son importance lors du dénouement de cette époustouflante histoire.

Les années 2020 et 2021 m’ont comblée.  Je ne crois pas aux superstitions, mais comme le dit l’adage « Jamais deux sans trois « ! Vivement 2022 !

Chronique de Nathalie Bétrix

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