On se reposera plus tard

Vieillir est une fatalité que chacun aborde différemment. Certains voient tout en noir tandis que d’autres rivalisent d’imagination pour se maintenir en forme. Ce qui est certain c’est que beaucoup de choses se passent dans notre tête, que nous sommes tous différents et qu’il faut l’anticiper.

Marie est veuve et retraitée. Cette femme de 75 ans est une bouffée d’optimisme. Elle est très active et toujours enthousiaste. Pour bien mûrir, elle a décidé de ne pas fréquenter trop de vieux ce qui semble assez bien lui réussir. Mais un malheureux accident va la contraindre à rompre ses habitudes. Après une fêlure au poignet et une entorse au pied, son indépendance est réduite et sa famille et son corps lui imposent le repos dans une Maison d’Accueil et de Résidence pour l’Autonomie.

C’est le récit de ce séjour un peu particulier que l’on retrouve dans ce roman graphique délicat et tendre intitulé On se reposera plus tard. Il est édité par l’association BD BOUM en partenariat avec Steinkis.

La scénariste Brigitte Luciani met à profit son expérience pour répondre à un cahier des charges ambitieux qui consiste à imaginer une narration pédagogique et ludique tout en éclaircissant un fonctionnement complexe. Elle fait preuve de pragmatisme mettant à la disposition du lecteur l’ensemble des moyens disponibles, un texte abordable mais aussi un plan précis et une terminologie adaptée.

L’autrice nous entraîne à la rencontre des résidents, une petite communauté avec ses habitudes et un encadrement méritant et dynamique qu’elle a pu avec sa partenaire appréhender à la MARPA de Monteaux, l’établissement dans lequel elle situe son récit.  Elle restitue habilement l’état d’esprit qui règne dans ces résidences collectives non médicalisées. Avec beaucoup de philosophie, des réflexions bien senties , elle nous invite à appréhender le temps qui passe sans occulter les difficultés qui se posent pour répondre au mieux à un public vieillissant et exigeant. Elle emprunte des références cinématographiques qui nous font sourire en nous embarquant dans une chasse aux nains délicieuse. Elle nous propose surtout d’ accompagner une personne attachante dans ses découvertes.

Côté dessin, la jeune dessinatrice Claire le Meil met en cases une histoire touchante et humaine avec un traitement graphique élégant, extrêmement lisible et efficace. Avec son trait fin et des nuances de bleu qui encadrent ce récit, elle ouvre des horizons, rappelle la sagesse et la sérénité qui symbolisent un troisième âge de plus en plus tardif que l’on souhaiterait tous le plus long possible. Et puis il y a quelques couleurs vives employées avec parcimonie qui symbolisent les petits moments joyeux qui font que la vie mérite d’être vécue jusqu’au bout.

On se reposera plus tard est une BD reportage teintée d’émotion et de bon sens sur un endroit  assez méconnu dans lequel on peut vieillir au sein d’une petite communauté et profiter jusqu’au bout de son autonomie. Il y en a près de 200 en France. Elles constituent une alternative à l’Ehpad qui mérite que l’on s’y attarde car elles contribuent chaque année à ce que de nombreuses personnes âgées terminent leurs jours dans la dignité.

Avec cette histoire fictive accessible, les bédéistes mettent leur savoir-faire à profit pour nous ouvrir les portes de ces structures qui tentent de préserver jusqu’au bout notre intimité.

Le résultat est sympathique, il constitue un document fort intéressant qui met parfaitement en relief le bonheur d’être ensemble et l’importance des relations entre les êtres.

Chronique de Stéphane Berducat

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