DUKE T5: UN PISTOLERO, TU SERAS.

Un pistolero, tu seras. Voilà un titre qui annonce la couleur du dernier Duke, le western crépusculaire né de la plume d’Yves H. et sorti du godet de peintures à l’eau d’Hermann. Sellons nos canassons, et embarquons pour une histoire qui passe du trot majestueux au galop fougueux en compagnie du Lombard.

Morgan Finch dit le Duke, a rempli son contrat. Il a récupéré les 100 000 dollars de la compagnie Soakes and Sears qui ont été volés par son frère Clémence. Le drame n’est jamais bien loin et le frangin du héros passe l’arme à gauche. Peg, la rouquine à la chevelure de feu et la favorite au bordel de notre héros, a été kidnappée par les hommes de main cruels de monsieur King. Elle fera l’objet d’un échange contre rançon sonnante et trébuchante. Morg ne peut plus honorer le premier contrat, l’argent n’ira pas remplir les caisses de la compagnie. Il doit remettre la somme à King sous peine de voir disparaître sa bien-aimée. Le négrier complote depuis un certain temps pour faire couler la société et empocher le magot. Le Duke doit se rendre au ranch four horseshoes à Sacramento pour faire la transaction.

Le pistolero n’a plus qu’une solution. Il s’entiche au passage de Swift, commanditaire au départ mais aujourd’hui compagnon d’infortune. Le tandem décide de tracer sa route jusqu’en Californie. Les deux cavaliers auront fort à faire car le corps armé est également sur leur trace. Les tuniques bleues sont à leurs trousses et ont ordre de les descendre à vue. Parmi la cargaison, le soldat de couleur Blair veut appliquer une justice expéditive. Officier pourtant libre, il est aveuglé par la haine et cherche n’importe quelle excuse pour se débarrasser des « blancs » car l’esclavage lui a laissé des cicatrices profondes. Duke tente de sauver ce qui peut l’être mais il espère en finir une bonne fois pour toute avec cette ordure de King. Le décès de son frère ramène le protagoniste à un passé peu reluisant et aux liens qui l’unissent à l’esclavagiste. Les ramifications commencent à devenir beaucoup plus claires avec ce tome.

Yves H. concocte un récit qui nous plonge dans le désespoir. Exit la vision de la conquête de l’Ouest à la John Ford et Wayne où le cowboy est brave, irréprochable toujours prêt à combattre vaillamment les bandits afin de faire respecter l’ordre et la loi. Nous sommes plutôt dans une approche digne de Sergio Leone, Sam Peckinpah, Clint Eastwood et Cormac McCarthy. Du western poussiéreux, sale qui concède une atmosphère accablante jonchée d’un nombre incalculable de pourritures à la page, la représentation assez réaliste d’un continent qui vivait à une période sauvage. La pauvreté, la violence et la dureté n’en étaient pas moins monnaie courante à cette époque. Une amorce que l’auteur avait déjà utilisée sur son one-shot Sans Pardon. Comme je le pense et ai pu le dire précédemment, n’oublions pas que ce sont les Européens qui ont peuplé le nouveau continent. Mais pas n’importe lesquels : Les cupides, les avides, les violents en bref de nombreux indésirables qui ont écrit l’histoire des États-Unis. Et c’est là que le scénario trouve sa force, parvenant habilement à retranscrire cette ère de brutalité.

Hermann reste fidèle à lui-même concernant la partie graphique. Malgré son âge « avancé » (82 ans), il faut reconnaître que le sanglier des Ardennes sait toujours tenir un crayon et reste le virtuose que nous connaissons. Son dessin est à l’image de l’histoire pondue par son scénariste, le trait se veut toujours aussi viscéral et nerveux. Les pages sont superbement construites, elles fourmillent de détails. Les arrière-plans sont travaillés et soignés. L’artiste ne cache pas les influences expressionnistes venant du peintre Egon Schiele dans la représentation de ses personnages. Des protagonistes qui sont croqués avec des lignes presque à la manière figurative. Autre point fort, Hermann sait rendre comme personne la minéralité des hautes et vastes étendues américaines. L’aquarelle joue avec la perception. Les différentes pigmentations illustrent tour à tour la froideur, la sécheresse et la rudesse du panorama. Le lavis est employé comme pour figer le temps, le passage et la blessure ouverte de l’adolescence qui ne guériront jamais. C’est un instantané douloureux au ton terreux et indélébile comme une plaie ouverte. L’efficacité s’allie à un découpage à la fois propre et impeccable qui nous met tout de suite dans l’ambiance.

Inéluctablement, Duke souffrira toujours de la comparaison avec Comanche. Mais force est de constater que les Huppen père et fils ont le mérite de vouloir insuffler de l’énergie à un genre que certains considèrent comme moribond. Une série qui devrait se clore en sept tomes dont j’attends un final poisseux, désespérant et dramatique.

Chronique de Vincent Lapalus.

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