CHAPLIN PRINCE D’HOLLYWOOD

Après un premier volet étourdissant édité par Rue de Sèvres, Laurent Seksik et David François poursuivent leur aventure commune avec une seconde partie intitulée Chaplin prince d’Hollywood qui est également une belle réussite.

Ils reprennent leur narration en juillet 1919, l’acteur le plus célèbre du vingtième siècle est déjà au sommet de sa gloire. Sa célébrité a explosé grâce au personnage burlesque, bagarreur puis tendre qu’il a façonné avec habileté. Le public s’identifie aisément à ce vagabond qui le touche propulsant du jour au lendemain son créateur au rang de vedette internationale.

Après une période intense pendant laquelle il révolutionna le cinéma, le réalisateur a un peu perdu de sa superbe. C’est la panne sèche, sa vie de couple ne le satisfait pas, son inspiration l’a quitté et le deuil de son enfant va le sonner mais rapidement et malgré de nombreuses emmerdes liées à un parcours sentimental rocambolesque, Charlot rebondira comme il le fera toujours. L’auteur nous entraîne dans l’univers d’un producteur infatigable tout en s’attardant sur son goût pour les jeunes femmes, son enthousiasme démesuré, sa force de travail mais aussi ses relations familiales. Avec sa mère d’abord qu’il rapatria aux États-Unis à la fin de sa vie puis avec son frère Sydney, l’excellent businessman qui avait les pieds sur terre. Dans un récit extrêmement plaisant, il nous embarque d’un film à l’autre, Le kid son chef d’œuvre le plus personnel et abouti,puis The gold rush, The circus,et Les lumières de la ville qui illustrent un artiste ambitieux et conquérant.

Dans cette exofiction très inspirée, le romancier montre comment l’inventeur de divertissements qui nous fit rêver et qui nous a tant émus deviendra après quelques voyages et rencontres un milliardaire préoccupé par les effets d’un capitalisme effréné et un pionnier bien décidé à s’engager.

David François nous enchante avec un découpage astucieux et flamboyant qui restitue l’énergie et le rythme endiablé que l’excellent homme d’affaires infusait dans ses œuvres.

L’opus est habité par une alternance jubilatoire de planches qui défilent, nous transportent, nous surprennent avec leurs couleurs, ambiances, cadrages et prises de vues variées. On est littéralement bluffé par un rendu dynamique, léger, aérien et joyeux. Comme son héros, le dessinateur ne s’embarrasse pas des convenances, fait des choix culottés et offre une ritournelle à la fois endiablée et pétillante.

Cette proposition singulière pertinente et savoureuse colle parfaitement au style libre d’un autodidacte inimitable qui savait aussi bien danser, que jouer, chanter, écrire, se produire sur une scène ou encore diriger des acteurs.

Le dessin caricatural et spontané fonctionne merveilleusement bien lui aussi.

Avec des illustrations fougueuses et des mises en scène magistrales, Chaplin prince d’Hollywood restitue la fureur de vivre mais aussi les coups de génie et péripéties d’un homme de caractère. Ce n’est pas un biopic classique que nous offre les bédéistes avec cette trilogie mais un divertissement succulent, abordable et tangible basé sur le destin d’un homme tout simplement hors du commun.

Chronique de Stéphane Berducat.

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