SYD BARRETT et les PINK FLOYD: Wish you were here, l’ombre de Syd chez les Floyd.

Roger Keith Barrett était un artiste né, un érudit qui avait tout pour réussir et briller comme un diamant. Il était lumineux, inspiré et pourtant il s’est cramé les ailes.

Il reste toutefois une influence majeure pour de nombreux musiciens malgré une carrière musicale relativement brève.Son impact sur le monde de la musique et sur le groupe britannique qu’il co-fonda en 1965 avec le bassiste Roger Waters, le batteur Nick Mason et l’organiste Richard Wright est indiscutable. Il l’aura doté d’un nom puissant et inventif qui lui porta bonheur. Il aura composé à sa tête un premier album The pipers at the gates of Dawn qui reste un classique estimé à la fois underground et psychédélique.

Dans un comics scénarisé par Daniel Deninotti, illustré par Luca Lenci et intitulé Syd Barrett et les Pink Floyd, on redécouvre avec joie l’empreinte que le musicien aura consciemment ou non sur les autres membres de la formation. L’album édité par Graph Zeppelin a d’ailleurs un sous titre très évocateur Wish you were here, l’ombre de Syd chez les Floyd.

Le scénariste revient sur la légende, celle d’un garçon touche à tout qui sera tour à tour compositeur, guitariste, auteur, peintre, chanteur et poète. Il aura des éclairs de génie, un style innovant mais rapidement sa prise importante de LSD aura raison de sa créativité musicale et le plongera dans l’instabilité et la dépression ce qui conduira les autres membres du band à faire appel à David Gilmour son ami d’enfance pour combler dans un premier temps des absences de plus en plus problématiques et régulières. Finalement, il épuisera ses camarades et sera définitivement remplacé.

Il signe néanmoins en leur compagnie une expérience sensorielle totale.

Il poursuivra ensuite une carrière solo caractérisée par son univers fantastique, enfantin, des paroles poétiques et raffinées. Il enregistrera deux albums solo avant de retourner chez sa mère où il se consacrera principalement à la peinture.

Sa déchéance psychique aura d’importantes répercussions sur la team du Floyd. Même s’ils connaissent des divergences, qu’ils vivent le succès différemment et éprouvent des difficultés pour surmonter la pression, ils auront toujours en commun un proche dont ils ressentiront l’absence et c’est en pensant à lui, à leur culpabilité partagée que Roger Waters et David Gilmour parviendront à réaliser un monument, un neuvième album exceptionnel de 44 minutes et 28 secondes. Cette perle absolue enregistrée aux studios Abbey Road à Londres est un immense succès planétaire commercial et critique, un clin d’œil sublime et génial à leur ancien leader dont l’introduction à la guitare est à son image : unique.

C’est avec beaucoup d’efficacité que le bédéiste remémore l’aura d’un créateur qui inspira le psychédélisme anglais.

Il met en lumière une relation qui permettra à ses acolytes de dépasser leurs désaccords pour produire ensemble. Bien qu’accaparé par d’autres tourments, régulièrement absent l’homme qui était un précurseur laisse une marque indélébile ce que démontre parfaitement ce livre un peu spécial. Il est habité par un rose omniprésent à la fois obsédant, artificiel et tellement évident qu’on se laisse aspirer par son charme extatique.

Luca Lenci livre une prestation graphique originale avec des partis pris étonnants qui collent au personnage dont on assiste au déclin au fil des pages.

Son découpage est très varié, surprenant, en mouvement suggérant la prise de produits euphorisants. On y passe rapidement d’un plan à l’autre. Il illustre parfaitement le malaise, la solitude, le désarroi d’un individu qui perd le sens des réalités et s’enfonce dans la folie.

Il met en cases la biographie avec un certain talent créant des ambiances planantes et sombres.

Comme à l’accoutumée, la collection Rock odyssée rend un bel hommage à un pionnier avec un opus bref, singulier et fulgurant qui combine une narration honorable avec un traitement expérimental qui aurait sans aucun doute séduit un dandy anglais féru de distorsions et effets divers.

Chronique de Stéphane Berducat.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s