TANGO T5: Le dernier condor

Tango de Matz et Philippe Xavier édité par Le Lombard est sans aucun doute ce qui se fait de mieux actuellement dans le registre de la bande dessinée d’action réaliste et classique. Il y a eu XIII, Largo Winch, il faut désormais compter avec cette excitante série !

Et comme on le dit souvent, il n’y a pas de fumée sans feu. Les deux compères maîtrisent leur affaire et le public est une fois encore au rendez-vous. Après avoir écoulé 100000 exemplaires des volets antérieurs, ils reviennent avec un cinquième tome tout autant musclé que les précédents intitulé : Le dernier Condor.

Après un opus liminaire remarqué et bluffant, puis trois autres albums réalisés en un temps record, des périples en Bolivie, aux Bahamas, au Panama puis en Équateur, le tandem s’accorde un aparté dans son récit. Cette fois, ce n’est pas le brun énigmatique qui est au cœur de de l’intrigue mais Mario, son acolyte. On découvre son passé de flic mais aussi des gens pas toujours bien intentionnés qui ne l’ont pas oublié et qui déploient les moyens nécessaires pour lui réclamer des comptes. L’homme a progressivement abaissé sa vigilance se fourrant du même coup dans un joli guêpier. Qui d’autre que Tango parviendra à l’extraire de cette mauvaise passe ?

On en profite pour redécouvrir l’Argentine, son histoire et c’est une fois encore passionnant. Ce pays dans lequel le dessinateur a vécu quelques années a connu la dictature et il en reste toujours aujourd’hui des traces indélébiles.

Comme d’habitude, Philippe Xavier a eu l’ idée de départ. Il l’a présentée à son complice scénariste et ensemble ils ont bâti une narration solide. Les deux créateurs qui sont aussi de grands voyageurs, connaissent cette partie du monde qu’ils ont arpentée jadis. Pour l’occasion, ils ont confronté leurs souvenirs afin de retranscrire les ambiances et les décors d’une aventure bien terrestre.

Matz apporte son sens du rythme, distille le suspense tout en faisant le lien avec les autres volumes. Les pièces du puzzle s’assemblent progressivement et tout s’emboîte parfaitement. Les dialogues sont instructifs et bien ficelés. Dans cet épisode, le sang ruisselle, les coups de poings sont abondamment distribués et les balles sifflent.

Les deux bédéistes appliquent une recette qui devient un peu la marque de fabrique de la saga. Ils alternent des scènes d’action brutales, froides ultra-crédibles et millimétrées avec des moments de pause, de contemplation pendant lesquels Philippe Xavier laisse libre court à son imagination proposant des paysages époustouflants, des panoramas et images exceptionnelles.

Avec lui, tout est affaire d’équilibre, de dosage. La construction instinctive de ses planches en vis-à-vis démontre un sens inné du découpage. Les cases horizontales et verticales s’enchaînent servant une narration tonique. Une fois de plus, sa redoutable efficacité impressionne. L’artiste met toujours en scène des héros qui regardent le lecteur, captent son attention, l’aspirent. Chaque case est bâtie avec intelligence, aucun élément superflu n’y perturbe le regard. Les illustrations sont toujours habilement travaillées mettant en relief un trait précis et assuré. Les versions noir et blanc sont d’ailleurs des petits bijoux qui permettent d’apprécier toute l’ampleur du talent du maestro. Avec ce dessinateur, tout est finement calibré.

Les couleurs de Jérôme Maffre constituent une plus-value appréciable. Elles apportent du dynamisme et de la lisibilité tout en mettant en valeur un dessin élégant et affûté. Le coloriste est parvenu à créer une luminosité qui colle parfaitement aux paysages argentins.

Le dernier condor est une histoire complète qui nous embarque facilement et nous régale. Les auteurs confirment leur constance, leur régularité et leur capacité à nous surprendre.

C’est aussi une belle leçon de BD et un moment de plaisir garanti.

Chronique de Stéphane Berducat

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s