Le Vagabond des Étoiles

Le second volet du Vagabond des Étoiles de Riff Reb’s publié dans la collection Noctambule des Éditions Soleil clôture une libre adaptation époustouflante du cultissime roman de Jack London.

Après avoir flashé sur ce livre il y a de nombreuses années, le Havrais a décidé qu’il était enfin prêt pour mettre en cases ce magnifique récit. Il lui a fallu du temps pour résoudre les difficultés liées à une narration qui alterne constamment entre réalité et fantastique mais il y est parvenu et le résultat est la fois sublime et captivant.

Dans un opus liminaire hypnotique, il a planté le décor et présenté son personnage principal Darrell Standing, un ingénieur agronome condamné à la réclusion à perpétuité, un être combatif, cultivé, impulsif qui refuse de plier.

On l’accompagne dans sa résistance aux tentatives d’écrasement carcéral, à la détention sous camisole auquel il arrive à s’échapper, anesthésiant son corps pour laisser vagabonder son esprit. Il nous entraîne dans ses vies passées et on redécouvre avec lui quelques pages parfois terribles de notre histoire. Lors de ses expériences extracorporelles, il est tour à tour homme ou femme et on a toujours un immense plaisir à suivre ses aventures.

C’est également le narrateur de cette histoire, un homme incisif, réaliste et cynique mais c’est aussi ce qui ne gâche rien un excellent conteur.

Dans un deuxième tome résolument politique, l’artiste met en relief l’engagement viscéral d’un écrivain américain visionnaire. Avec cet écrit fort, à la fois héritage littéraire et philosophique, il assène les coups, décline ses arguments et bouscule le lecteur.

L’ouvrage publié en 1915 aura aux États-Unis d’importantes répercussions et notamment celui d’initier une vaste et nécessaire réforme des prisons.

Par le biais de son héros, Jack London prouve que les châtiments corporels sont inhumains, cruels et souvent utilisés pour des motifs abusifs. Il dénonce brillamment l’absurdité de tout un système et s’emploie à détruire méthodiquement ses fondements. Il égratigne la peine de mort avec beaucoup de talent utilisant son personnage pour exprimer sa réflexion.

Avec ce procédé à la fois brillant et efficace, il présente un excellent réquisitoire.

L’artiste livre une interprétation ambitieuse et une prestation graphique de très haute volée.

Une fois encore, il a tout donné magnifiant un récit noir et inoubliable avec des images fortes, une mise en scène précise et des ambiances enivrantes.

Son dessin vif, aiguisé nous interpelle d’emblée et nous régale.
Le soin apporté aux éclairages au même titre qu’un code couleurs subtil et délicat nous transporte avec facilité dans le temps et l’espace.
Riff Reb’s signe malgré une pression que l’on devine énorme une suite remarquable offrant une résonance nouvelle à un texte essentiel. Il maîtrise l’ellipse et habille les mots de l’aventurier d’une expression visuelle incroyable.

Cette œuvre en deux parties n’est pas un résumé illustré, c’est le fruit d’une longue maturation et d’un savoir-faire qui n’est plus à démontrer. Après À bord de l’Étoile Matutine et Le loup des mers le bédéiste célèbre une fois encore le mariage parfait entre la littérature et l’ illustration.

Le vagabond des étoiles est un diptyque bluffant, une ode au pouvoir suprême de l’esprit, à la liberté mais aussi l’alchimie parfaite entre les mots d’un romancier exceptionnel et la technique d’un dessinateur habité et au sommet de son art.

Stéphane Berducat

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