The Shaolin COWBOY:Volume 2/3 Buffet à volonté

Le personnage phare de Geof Darrow, grand spécialiste du kung-fu revient en fanfare pour continuer sa distribution de mandales et autres coups de saton acrobatiques. Une suite sobrement intitulée The Shaolin Cowboy : Buffet à volonté éditée par Futuropolis. Vous l’aurez compris, on nage toujours dans un univers no limit pour ce deuxième opus du bonze silencieux, aux poings sentencieux qui fait une fois de plus face à des ennemis outrageux et belliqueux.

Reprenant six ans plus tard là où se terminait une interminable bataille menée dans l’estomac d’une immense créature. Le moine virtuose a entamé une remontée de longues années pour s’extirper du ventre de la bête. Mais il traîne dans son sillage une troupe de morts-vivants envoyée par la compagne de feu Mr Excellent. N’ayant même pas le temps de reprendre son souffle, la horde de zombies part en chasse du bhikshu guerrier. Sur une route désertique, Shaolin sauvera quatre clampins en bagnole de la déferlante de cadavres animés. Une bonne excuse pour lancer le festival de la « tartine » ensanglantée qui va s’étaler sur près de cent vingt-six pages.

Geof Darrow démontre de nouveau qu’il met toute son énergie artistique dans la performance graphique. Il se passe quasiment pour ce tome deux, de dialogues qui sembleraient superflus. La bande n’est rythmée que par la jauge d’essence et le son des onomatopées (buzz et ngang) du bo équipé de deux tronçonneuses à ses extrémités. Dès que le carnage commence, les pleines pages laissent la place au format double case en double page pour finir en splash pages, elles aussi en pagination jumelée. L’accent est mis sur le fourmillement de détails comme pour imposer au comic-book le standard européen. Le déferlement de vignettes et le soin apporté au dessin demandent une lecture attentive de chaque illustration. L’importance porte à modifier aussi sur le travail des ellipses. Je le répète mais cet artiste met un point d’honneur à provoquer chez son lectorat, un décollement rétinien. Le mouvement est essentiel voir primordial dans l’art de Darrow. La bande dessinée est réputée pour être un « artisanat » figé et statique. Le dessinateur nous prouve le contraire en y apportant du dynamisme à l’aide de son porte-mine, comme pour nous forcer à regarder un story-board d’animation plan par plan. Le visuel prévaut sur le textuel pour une œuvre qui se veut avant tout libérée et conceptuelle.

Joli pied de nez également concernant le thème du livre, pointant du doigt l’effet de mode et le succès de Walking Dead. Les cadavres ont le vent en poupe en ce moment dans l’édition et à la télévision. Geof Darrow donne sa version en y injectant plus de peps, de punch et de tonus. Bien loin des élucubrations sur le concept du bien et du mal pour le bien-être de la communauté des scénarii pondus par Robert Kirkman. En toute franchise, les barrières explosent chez ce technicien de l’image pour un régal optique absolu. La violence gratuite et très démonstrative est malgré tout omniprésente mais le charme opère toujours autant.

Cette première édition du deuxième volume est augmentée par une nouvelle d’Andrew Vachss d’une soixantaine de pages. Ce scénariste qui est écrivain de roman policier et avocat, vient embellir de sa prose l’univers déjà riche et farfelu de Geof Darrow. Tout en restant et en respectant le ton et l’esprit décalé de la série. Quelques illustrations du créateur complètent ce road-movie halluciné en terres désolées. Livre hybride qui premièrement donne la part belle à l’image pour ensuite se concentrer uniquement sur la puissance des mots, afin de jouer avec l’imagination du lecteur. C’est une belle combinaison de deux types de narration qui sont certes éloignés mais complémentaires pour le coup.

Geof Darrow se paye le luxe de collaborer avec Dave Stewart pour cette suite. Il remplace Peter Doherty, qui avait déjà effectué une excellente mise en couleur.

En conclusion, les éditions Futuropolis ont accompli un travail de qualité pour la publication de ce second volet de Shaolin Cowboy qui nous accroche comme la gomme sur de l’asphalte. C’est un moment de lecture que l’on savoure comme un bon banquet dont on ressort repu à la gloire de l’éternel coup de savate.

Chronique de Vincent Lapalus

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©Éditions Futuropolis, 2020, The Shaolin COWBOY, Geof Darrow.

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