Juanalberto maître de l’univers volume 1

Après sa somptueuse histoire en treize actes CE, l’incontournable brésilien Roosevelt, Suisse de cœur, nous revient avec un nouveau titre qui débute un nouveau périple, Juanalberto maître de l’univers, édité par ses soins et avec brio aux Éditions du Canard.

La XXIXème réunion normative est lancée. Nous y découvrons les diplomates de diverses espèces : Dalkstronk III, représentant des plantes carnivores, Zwyx du clan des Évolutifs Aléatoires, Limérus des Néo-Oralistes, Krapch qui est présent au nom des Inhibiteurs Phonotiques et enfin, en retard comme souvent, Mademoiselle Syprisse, l’envoyée des Nympho-Naturistes. Pour chapeauter cette corporation, nul autre que Juanalberto architecte de cette contrée !

Notre monde n’est pas parfait, celui qu’a mis en place Juanalberto ne l’est pas non plus. Sa volonté était de faire cohabiter plusieurs entités intelligentes et d’attendre d’elles, qu’elles vivent en paix. Mais voilà, comme chacun de nous le sait, dès que l’on mélange les genres, ça part forcément en cacahuète… Idéalement, au départ, il y avait les « Ethérés », dotés d’une capacité cérébrale supérieure qui leur assurait une action mystique dans ce cosmos. Ils étaient aimés et respectés par tous les autres peuples pour leur bonté et sagesse. Comme la galaxie conçue par notre créateur est vaste, d’autres populations y ont trouvé une place et certaines éloignées des « Ethérés », devenus les « Inhiphots » (abréviation d’introvertis platoniques) et des idées qu’ils ont fini par imposer.

Parmi toutes ces ethnies on trouve les « Naturels ». Pendant longtemps, ils ont pu vivre loin de la domination de ces derniers. Tout aussi intelligent, Juanalberto les a gratifiés de la culture des arts magiques, comme le dédoublement et l’hypnose collective. Par ailleurs, ceux-ci vivent sans rangs, nus suivant un mode de vie où l’amour et l’érotisme ont une grande place. Lors de la première rencontre de ces deux espèces, les Iniphots envoyèrent Krapch et les Naturels, appelés également les « Nympho-Naturistes ». Ils firent confiance à la belle Syprisse. Malheureusement, les grandes divergences qui les séparent, n’ont fait que rendre les négociations infructueuses. Krapch venait imposer sa loi et ne laissait que trois jours à ces êtres purs, pour l’accepter. En cas de refus, il les condamne aux ténèbres.

La reine des Nympho-Naturalistes, malade et dont les jours sont comptés, ne voit plus qu’une solution pour les aider ; faire appel au Maître de l’univers… Syprisse, accompagnée de Limérus, drôle de lapin à casquette et grand buveur de thé, part à travers l’espace pour dénicher la dimension où vivent le Maître Juanalberto et sa femme Victoria !

Il n’y a pas si longtemps, Roosevelt terminait son dernier chapitre de l’emblématique épopée CE. Récit mûrement réfléchi, dont tout le scénario fut élaboré avant même d’avoir posé le premier trait. Les lecteurs qui ont lu ce récit auront adoré comment il se termine, avec éclat et génie. Je n’ai jamais rien lu de si parfait dans tous les sens du terme. Je pense qu’il est rare dans le domaine scénaristique, de pouvoir tenir la route pendant autant de volumes tout en ayant introduit dans le scénario un panel d’éléments cachés qui débouchent sur un tel bouquet final ! Magique, je dis. Les doutes viennent ensuite, quand il faut songer à un nouveau projet. Comme il ne fait pas les choses à moitié, il change complètement de format, passe du broché au relié et ajoute de la couleur. Pour mon plus grand plaisir, il y réintroduit une part incontournable de son univers, Juanalberto le canard et la radieuse Victoria. Il dit lui-même que ses personnages fétiches sont un peu comme des acteurs qui jouent un autre rôle et prennent parfois un nom différent.

Sous-jacent, il y dévoile son amour pour Alice, de Lewis Carroll. Son intérêt pour la littérature et des auteurs tels que Marquez, Kafka, Marcel Aymé ou un certain Hugo Pratt. Son trait peut nous faire penser à Moebius, certaines figures à Dali, mais incontestablement c’est du « Roosevelt ». L’artiste complet travaille de manière traditionnelle. Comme chacune de ses réalisations, toutes les planches sont exécutées sur papier et finalisées à l’encre de Chine. Ses couleurs sont ajoutées numériquement. C’est un nouveau défi que se lance l’auteur. Un peu pour expérimenter, finalement s’y adapter et y prendre du plaisir… Les couleurs ne sont pas criardes, elles sont posées avec délicatesse et justesse, sans alourdir les planches, bien au contraire. Les teintes commencent comme certaines partitions de musique. Adagio, Moderato puis Allegro pour terminer Vivace…

Onirique et poétique. Sensuel et métaphysique. On y découvre une abondance d’individus et de paysages aux styles originaux et recherchés. Roosevelt a indéniablement une forte imagination créative. Ce premier tome installe avec panache les figurants emblématiques de cette nouvelle série et c’est avec impatience et une excitation non cachée que j’attends la suite de cette aventure colossale !

Chronique de Nathalie Bétrix

©Éditions du Canard, 2020, José Roosevelt, Juanalberto maître de l’univers.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s