GIDEON FALLS T3: Chemin de Croix

Gideon Falls 3 Chemin De Croix ou quand le mal indicible, innommable, impalpable vous invite à sa table dans la grange de l’étrange. Histoire horrifique signée Jeff Lemire au scénario, sur des images subliminales d’Andrea Sorrentino aidé de Dave Stewart aux couleurs tranchantes et pointues chez Urban Comics. Huis-clos claustrophobique et surnaturel qui malmène la raison.

Fable d’un amnésique à la psyché fragmentée qui amasse des détritus et d’un serviteur de l’Église alcoolique à la ramasse. Malgré la distance qui les sépare, ils vont se retrouver sur un chemin inquiétant qui mettra à mal soit leur logique soit leur croyance. Poussé par une force invisible, Norton Sinclair le paranoïaque, aidé par sa psychiatre le Dr Xu, reconstruit au milieu d’une déchetterie, la porte éclatée d’une bâtisse noire. Elle est la cause de tant de disparitions inquiétantes et de crimes dans la mégapole de Gideon Falls. De son côté le père Wilfred est le nouvel arrivant en ville dans un boui-boui éponyme au fin fond des États-Unis. Après plusieurs visions du dit bâtiment, l’abbé est confronté aux mêmes problèmes. Il entre à l’intérieur de l’édifice avec l’aide du Shériff Clara Miller. Problème, chacun des deux hommes se retrouve propulsé au point géographique de l’autre. Ce qui engendre une perte de repères et une rationalité mise à l’épreuve.

Pour le présent volume, nous suivons une histoire en deux actes. La première partie concerne l’évêque Burke. Haut représentant pontifical et premier « laboureur » (les garde-fous contre les forces du mal) à s’engouffrer dans la remise néfaste. Pour pouvoir y cartographier ses voyages alternatifs créés par une machinerie mystérieuse appelée Pentoculus. Nous apprendrons qu’il n’est autre que la voix téléphonique fantomatique qui guide le pasteur Wilfred dans sa quête de l’occulte depuis le début. La seconde partie traite du parachutage des deux acteurs principaux. Norton fera la connaissance de Clara dans la bourgade du curé défroqué et l’aumônier celle du Dr Xu dans la grande cité. Les deux hommes se retrouvent perdus dans des villes qui leur sont inconnues. Certitudes et autres convictions seront chamboulées. Apparences trompeuses, troubles et psychoses s’installent pour les deux individus. Clara pense avoir retrouvé son frère Daniel disparu mystérieusement depuis tant d’années en la personne de Norton. Tandis que la foi de Wilfred risque de se heurter à la logique et au tangible d’Angie Xu. L’homme au sourire écarlate (croquemitaine et ennemi absolu) s’est encore joué de toutes et de de tous. Suspense inquiétant et meurtres sont toujours au programme. Le tourment continue sa marche incessante pour une lecture soutenue et fantasmagorique.

Jeff Lemire se penche sur le récit d’horreur avec « bénédiction » et astuce. Histoire puzzle aux directions multiples, au ton minimaliste où le malaise emplit chaque chapitre pour malmener et emmener son lecteur dans la brume épaisse d’une piste encore floue. Il maintient la pression et la tension pour tenir en haleine avec l’efficacité au bout, d’un bon flip vaporeux. Exercice difficile à imposer et exploiter en bande dessinée, le genre réussit mieux dans le septième art grâce aux sons et lumières. Pourtant l’auteur s’en tire néanmoins avec les honneurs pour une intrigue triturée aux héros torturés. Une spirale aliénante, du bon plain-pied dans le barré.

Andrea Sorrentino met le paquet dans la construction de ses pages. Le trait fin s’allie à des cases renversantes. L’artiste joue avec la forme pour mieux nous projeter dans une névrose graphique. Un bel arrière-goût visuel tramé de poussière à l’encre de chine rehaussé d’effet 360 degrés pour accentuer la chute psychologique des personnages. Un style alerte en constante évolution, avec pour unique fonction de rendre justice à une narration alambiquée. Pari réussi haut la main.

Dave Stewart en rajoute une bonne couche et insiste pour mettre la touche finale avec des couleurs crasseuses qui sentent bon les ordures ramassées par le toqué de service comme ambiance générale. Avec l’aide d’un ton très vif spécialement pour le pigment de rouge, qui impose une atmosphère dérangeante en osmose avec l’esprit de composition de son dessinateur.

Gideon Falls se doit d’être la nouvelle référence du comics indé d’horreur dans toute sa splendeur.

Chronique de Vincent Lapalus.

 

 

 

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