Un travail comme un autre

Alex.W Inker a été bouleversé et conquis par le premier roman de Virginia Reeves: Un travail comme un autre et c’est simultanément qu’il a signé avec  Sarbacane un contrat pour adapter ce récit et celui de Yan Lianke.

Dix-huit mois furent nécessaires pour abattre un travail titanesque qui transpire dès l’ouverture du dit album. Ce one shot élégant épate d’emblée par son emballage composé de cuir et de toile qui donnent à l’objet un aspect terrestre très réfléchi, la caractéristique très appréciée des livres d’un éditeur attaché aussi bien au fond qu’à la forme.

Après les très remarqués Apache, Panama Al Brown et Servir le peuple, l’auteur a réalisé le livre dont il rêvait. L’homme qui exploite brillamment depuis ses débuts la thématique des individus en marge parvient une nouvelle fois à nous étonner. La marginalité lui permet de traiter des sujets d’actualité en passant par la fiction. Par le biais de cet habile procédé, il en dit finalement beaucoup sur nos sociétés.

Pour cette version, Alex.W Inker a eu la brillante idée de déplacer de quelques années une narration qui se déroulait initialement aux États-Unis dans les années 20, un temps où l’électrification des campagnes battait son plein. Ce décalage apporte davantage d’enjeux et plus de similitudes avec une situation actuelle assez pessimiste.

Roscoe est un ingénieur jusqu’au-boutiste et buté qui renoncera à ses activités pour la belle Marie, une femme entière, lettrée et assez proche de la nature. Comme souvent les opposés s’attirent, l’électricien se sacrifiera pour reprendre sans aucun enthousiasme la ferme de son beau père.

Touchée par la crise, l’entreprise périclite jusqu’au moment où il décide d’insuffler la vie à sa ferme mourante en volant l’électricité aux grandes compagnies. L’expérience s’avère judicieuse et apporte de jolis résultats jusqu’à ce qu’elle engendre un drame, le décès d’un pauvre gars apprécié de tous. C’est un coup de tonnerre qui s’abattra alors sur la famille et c’est un homme seul qui s’entêtera à affronter ce coup du sort.

L’artiste offre une interprétation habitée, addictive et captivante, il a décidé de mettre en relief la relation tumultueuse entre deux êtres qui ont uni leur destin. Il a ajouté des individus qui collent parfaitement au contexte. Il livre une somptueuse version de la grande dépression hantée par les photographies d’époque et les romans de Erskine Caldwell et de Joséphine Johnson.

Il s’est totalement investi dans ce projet donnant à ses personnages principaux les traits de sa femme et de son fils.

Coté dessin, il a adopté un parti pris graphique tout à fait pertinent et bigrement efficace, avec un découpage aéré qui rend compte de la grandeur des paysages américains, des cadrages immersifs et variés qui subtilement nous aspirent.

Son dessin minutieux, très détaillé impressionne et subjugue. Il parvient à reproduire avec une perfection troublante de vastes champs de maïs, un travail de moine copiste totalement bluffant réalisé au pinceau. Pour le traitement de la couleur, afin de ne pas surcharger l’ensemble et casser un peu une évidente quête de l’image parfaite, l’ingénieux artisan a créé une typographie originale et choisi une bichromie simple avec un système de trame qui apporte une aisance à la lecture assez fascinante.

Les couleurs ajoutées à la plume renforcent la singularité d’un objet magnifique.

Un travail comme un autre est une fable prométhéenne exécutée avec beaucoup d’intelligence. Son auteur a su en tirer le meilleur avec une narration rythmée et prenante. Pour son quatrième opus, il livre un petit chef d’œuvre, un travail de réinterprétation très complet et inspiré qui apporte beaucoup au récit original. Il est exécuté avec avec une technique traditionnelle totalement maîtrisée qui n’a rien à envier aux plus grands.

On reparlera très prochainement de ce joyau qui est aussi une belle claque et un indispensable pour tous les amateurs de très belles choses.

 

 

 

©Éditions Sarbacane, 2020, Alex. W Inker.

 

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