Violent Love

Bonnie Parker et Clyde Barrow ne seront plus qu’une légende locale après la lecture de Violent Love, un bien beau thriller urbain mitonné aux petits oignons par Frank J. Barbiere et Victor Santos chez Glénat Comics. Polar aux relents de crasse mais qui pète la classe.

Fin des sixties voir début des seventies. Daisy Jane est une charmante étudiante élevée par son père Al, veuf mais propriétaire de son garage et meilleur mécanicien de tout le Texas. Bon parfois les fins de mois sont difficiles mais rien de bien alarmant jusque-là. Pourtant par un jour de guigne, la malchance va venir littéralement taper à leur porte.

Le père finira brûlé vif sous les yeux effarés de sa fille chérie. Quand à Daisy, elle se prendra une balle dans le buffet et en réchappera de justesse. Le coupable n’est autre que Johnny Nails, parrain du groupe mafieux texan et nous comprendrons vite que le paternel de la miss n’était pas le saint qu’elle idolâtrait depuis sa plus tendre enfance. Sa seule préoccupation désormais est la vengeance pure et simple qui lui ronge l’âme. Daisy mène une vie de bohème, faite de mauvaises fréquentations, de braquages de banques et de parties de jambes en l’air dans des hôtels miteux. Elle y trouve un certain réconfort mais son animosité gronde à l’intérieur et elle est déterminée à se débarrasser de Nails.

De fil en aiguille, son raid la conduira en bout de piste à faire équipe avec Rock Bradley. Ancien militaire revenu du Vietnam, beauté froide mais qui n’a d’autres talents que de très bien savoir « péter les genoux » et exceller dans le maniement des armes. Duo complémentaire et fusionnel, quand deux âmes torturées à leurs manières font équipe et se lancent avec pour seul et unique but dans la vie de venger et réparer les torts subis par la belle. Nous sommes embarqués sur la voie d’un road-movie-gore-jubilatoire fait de sang et de crimes, mené par un tandem aussi radical que le couple infernal des années trente et plus explosif qu’un cocktail Molotov. Lutte acharnée contre la pègre affiliée aux cartels de la drogue, double jeu dangereux sans qu’il n’y ait de fâcheuses répercussions. L’adage de vivre vite, mourir jeune et laisser un joli cadavre sied à ravir pour cette BD.

Moi-même très friand de récits policiers, Frank J. Barbiere nous gratifie d’un scénario goûtu et parfumé, composé des meilleurs ingrédients. Quoi de mieux que le polar pour se pencher sur la rue et ses habitants pavée de « cowards » et « outlaws ». Le développement psychologique de ses personnages sert à merveille leurs motivations propres. Chaque protagoniste est en proie à ses démons intérieurs, ils ne sont ni bons ni mauvais et essayent de garder la tête hors de l’eau tant bien que mal quitte à parfois se salir un peu les mains. Charlie et le marshall Lou en sont de parfaits exemples. Pitch accrocheur allié à une rythmique rock’n’roll sans interruption. Narration enchâssée, flash-backs en abondance, aventure tirée au cordeau qui s’étale sur dix chapitres avec toute la difficulté d’arriver au final de clôturer l’intrigue de la meilleure façon que se soit. Farandole accrocheuse à la conclusion habile et remarquable.

Pour la partie graphique, Victor Santos est aidé d’un trait au style épuré voir cartoony tout en rondeurs féminines et aux mâchoires carrées masculines. Un peu épais parfois pour un résultat très expressif qui comporte beaucoup de zones d’ombre, rappelant furieusement l’animation et le pulp de la première moitié du vingtième siècle. Les couleurs sont en synergie avec l’identité visuelle de la série, qui confère un climat usuel façon film-noir. Superbe mixage d’images, sans passer à côté du psychédélisme des couvertures.

Violent Love est le crime-comics par excellence en format omnibus au même titre que True Romance l’est à la pellicule. Comment ne pas y voir une affiliation scénaristique ou graphique avec Catwoman : Le Grand Braquage, Parker et Spirit de Darwyn Cooke voir Powers de Michael Avon Oeming. Sans oublier de mentionner des influences majeures telles que Hammett, Chandler, Cain et Westlake pour ce qu’ils sont à la littérature criminelle.

Chronique de Vincent Lapalus.

 

 

 

 

 

 

 

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