La nef des fous T10: La faille.

C’est dans une brume épaisse que débute cette nouvelle aventure fantaisiste de Turf, aux éditions Delcourt. Pour ce 10ème opus de La Nef des fous, l’auteur nous emmène, une fois n’est pas coutume, dans le monde merveilleux et délirant du roi  Clément XVII , Eauxfolles.

Petit rappel ! Au début de ce second cycle, le Roy Clément XVII, accompagné de la reine Ophélie et de la princesse Chlorenthe, assiste au spectacle du grand magicien Hidinou. L’illusionniste et sa fille Ondine, impressionnent l’assemblée par leurs numéros rocambolesques. Lors d’un tour de passe-passe la lumière s’éteint. Quand enfin l’éclairage revient, le siège d’Ophélie est vide…Mais où est-elle passée ? Tout le monde est interpellé et questionné. Le coupable est forcément dans la salle…. Entre les recherches pour retrouver la reine, les sentiments de la caractérielle Chlorenthe pour Arthur le fou du roi, l’apparition de dindes géantes et du trafic de coloquintes, tout cela promet !

Baltimore et le sergent Bonvoisin se retrouvent perdus dans les méandres de la forêt. Entourés d’un formidable brouillard, ils découvrent de drôles d’engins qui s’emploient à transporter les énormes coloquintes. Repérés par les « Encagoulés », les deux policiers sautent sur un wagonnet, qui sert à déplacer les grosses cucurbitacées. Les vilains les poursuivent et leur tirent dessus… Pendant ce temps, notre bon petit Roy est arrivé à bout de la nuée de dindes géantes qui a envahie le château. Adulé par son peuple, il gracie les quelques survivantes et envoie en cuisine les pauvrettes lynchées. Fatigué de tout cela, il lui vient l’idée de prendre un bon bain à 45° (le monarque est un amoureux des bains, bien chauds). Dans les dédales de son palais, il se retrouve devant la faille. Cette immense crevasse lui rappelle le délabrement de son royaume. Voilà que Gonzague De St Plomplon, grand argentier du palais, fait son apparition. Il en profite pour s’informer de l’avancée des travaux… Il se pourrait bien que cela soit à la saint glinglin, voire à la trinité ! Il n’en faut pas plus pour que se rajoute à tous ces mystères et soucis, des problèmes financiers. À se demander, s’il n’y a pas plusieurs complots qui se trament dans son domaine !

Le monde dans lequel évolue cette série, foisonne de créativité et d’imagination. Depuis son premier tome paru en 1993, je n’ai jamais été déçue par le déroulement qu’a pris l’histoire. Bien au contraire. Si la base du récit dans le premier cycle était de trouver les origines d’Eauxfolles, son évolution n’est pas si simple. Le concept a pris forme en 1988, quand Turf se trouvait aux beaux-arts. Suite à un échange avec des camarades, l’idée a germé et vu le jour. Si l’auteur a déjà pensé tout le scénario, il se laisse emporter par les égarements que lui dictent ses envies au fil des pages… A mon sens, c’est ce qui apporte l’originalité à cette œuvre. Les illustrations se suivent, mais ne se ressemblent pas. Tel que dans un labyrinthe, quand j’aborde les dédales du récit, je trouve difficilement le chemin pour en sortir.

Chaque case est un tableau. Parfois grandes, parfois petites, toutes en longueur ou en largeur. De pleines pages et même hors cases. Le graphisme, également, change selon que l’on soit dans l’histoire « réelle » ou dans les rêves (cauchemars) de Clément XVII. Tout cela donne un dynamisme explosif et jouissif à cette aventure. Je ne sais jamais à quoi m’attendre à la page suivante. Ce délicieux délire est addictif. Turf, magicien du dessin et de la mise en page, procède de manière traditionnelle. De l’encre de chine et de l’aquarelle de couleurs Colorex. Les cauchemars du monarque sont réalisés à la gouache et au stylo bic. Petite anecdote, pour La faille, l’artiste a utilisé un feutre genre «airbrush» qu’il avait dans ses tiroirs depuis un moment. Les arbres qui jalonnent la forêt où Baltimore tremblent dans la brume, ont été réalisés avec ce médium. Je ne peux que constater que l’effet recherché est parfaitement réussi. Les branches semblent vivantes, ressemblent à des filaments, voire à des toiles d’araignées. Il n’en faudrait pas beaucoup plus, pour qu’elles sortent de la page et viennent s’entortiller dans mes cheveux… La Nef des fous est une œuvre monumentale, fourmillante d’idées les plus flamboyantes et oniriques. Le monde imaginaire de cet auteur est sans fin, que ce soit pour le diptyque Le magasin sexuel ou celui du Voyage improbable, en passant par  Gribouillis et bien sûr l’incontournable hors-série de la Nef  Le petit Roy . Tous ces titres se déclinent en finesse et poésie, avec une touche d’humour et de fantasmagorie. J’ai rarement lu des créations aussi riches, attachantes et captivantes. J’ai entendu, dans un petit frémissement, que pour le prochain volume, Turf allait glisser quelque touche de ma couleur préférée le « vert ». Je sens en moi comme un souffle de plaisir et d’impatience….

Chronique de Nathalie Bétrix

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