MIND MGMT

Attention, vous tenez entre vos mains un chef-d’œuvre et un top BD de l’année 2020. Retenez bien son titre MIND MGMT, sous peine de voir votre mémoire effacée par son créateur Matt Kindt avec l’aide non moins précieuse de son éditeur Monsieur Toussaint Louverture. Vous venez d’embarquer dans un bric à brac paranoïaque ainsi qu’une spirale hétéroclite.

Meru Sparow est une auteure/investigatrice à la ramasse, qui connut le succès pendant une période grâce à son ouvrage « Prémédité ». Enquête sur un fantôme tueur de masse, qui s’est soldé après une investigation de longue haleine par le suicide du principal coupable. Mais le temps a passé et maintenant l’écrivaine est en proie au syndrome de la feuille blanche, perte de motivation et donc d’inspiration menant à la dépression. Mais un simple coup de fil de son éditeur Charlie va changer la donne, il lui demande d’enquêter sur le mystère du vol 815. Depuis deux ans, cette affaire défraie la chronique. Elle concerne cent vingt et une personnes de ce fameux vol. Avion qui a atterri mais dont cent dix neuf passagers ont eu la mémoire occultée, seul un enfant de neuf ans y a échappé alors que le dernier du nom d’Henry Lyme est quant à lui manquant sur le tarmac. Il n’en faut pas plus à Meru pour réveiller sa fibre journalistique et de partir à l’aventure à différents points du globe. Elle se fait un devoir de vouloir retrouver monsieur Lyme qui, pour elle, est le responsable de tout ce bazar. Mais Meru découvrira vite qu’elle n’est pas la seule à s’intéresser à ce cas particulier, poursuivie par les hommes en noir avec pour seul indice les mots mind management qui reviennent sans cesse.

Il n’est pas nécessaire que je vous en dise plus, je garde l’effet de surprise et de spoil. Matt Kindt est un grand illusionniste et traite le récit d’espionnage avec le plus grand respect et sérieux. Pas de gadgets et de surenchère façon british à la James Bond, ni de manière potache comme bon nombre de comédies débiles. Non non non, là on nage en pleine fiction avec une approche plus terre-à-terre. Avec pour ligne conductrice le projet Stargate de la CIA débuté dans les années soixante-dix et les plus grands faits mondiaux du début du vingtième siècle jusqu’à nos jours. Une narration à la fois parfaitement huilée et déconstruite. Les chassés-croisés des différents protagonistes, les dossiers intercalés entre les pages, le manuel d’opération en bord de case, les multi et fausses pistes parsemées ici et là. Un vrai casse-tête scénaristique allié à la mécanique d’une intrigue inflexible. On rentre dans un récit qui demande le maximum d’attention, une lecture pointue pour un plaisir loin du superflu.

Pour la mise en page, nous rentrons dans un délire « cosmique ». Kindt l’artisan pousse au maximum les capacités que lui octroie le format roman graphique. Le livre peut se tourner dans tous les sens avec ses cases réversibles. Pas de format type, il emploie la pleine page et la double-page jusqu’au gaufrier de cases à foison si nécessaire. Un trait atypique que l’on reconnaît au premier coup d’œil, qui ne respecte pas spécialement les règles de proportions mais toujours au service de la narration. Story-board au déroulement classieux avec ou sans cases où se mélangent la technique d’aquarelle comme à l’accoutumée chez l’artiste et les tons sépias saisissants. Les dossiers archivés de l’époque combinés au noir et blanc, les pages tachées et les contours en bleus d’imprimerie mélangés à un beau lavis. Large éventail de techniques pour en mettre plein les mirettes à son lecteur en mode focale, et proposer un libre-objet du plus bel effet. On en a pour son argent.

Matt Kindt réédite l’exploit de pondre un bijou de perfection voir une merveille sur le même thème que 2 Soeurs et Super Spy. Sans pour autant oublier son travail colossal dans le domaine du polar comme Du Sang Sur Les Mains et Dept H. Ce gars se pose comme un indispensable au talent indéniable pour tout lecteur qui cherche une bande dessinée avec du contenu éditorial solide, non pas considérée comme adulte mais plus « gourmande » et riche. Il faut reconnaître que lire Matt Kindt est signe de richesse et de bon goût pour le bibliophage en quête de beau livre.

Chronique de Vincent Lapalus.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s