Monsieur Coucou

Monsieur Coucou est un récit intimiste qui met parfaitement en relief, avec intelligence et finesse le cheminement d’un homme exilé et la difficile reconnexion à son histoire.

Edité par Le lombard, scénarisé par Joseph Safieddine et illustré par Kyungeun Park,  il constitue une suite logique aux albums Les lumières de Tyr et Yallah Bye.

Parce que l’on ne peut rien refuser à une vieille dame malade et qu’il faut nécessairement un jour se retourner sur son passé, l’auteur franco-libanais a imaginé ce personnage largement inspiré par son père. D’origine oriental, il a fui son pays à cause de problèmes politiques sérieux aux conséquences dramatiques.

L’homme avait besoin de couper, il s’est expatrié en France où il a rencontré sa femme et sa belle-famille auprès de laquelle il s’est rapidement rendu indispensable.

Rapidement adopté, il s’est comporté comme un coucou, l’oiseau qui tend à chasser les autres du nid pour prendre leurs places. L’idée est subtile, l’auteur fait le lien avec habileté. Il nous raconte un exilé écartelé entre deux foyers, deux cultures, un homme qui a décidé d’effacer une partie de lui-même. Avec un stratagème simple, sa mère d’adoption parviendra à le faire retourner dans le pays de ses aïeux où il retrouvera une mère brisée et rancunière, un frère et une sœur avec lesquels il ne partage rien et son douloureux passé. Même si cette famille ne sait pas respirer ensemble, il passera toutefois avec certains des moments importants qui permettront à Abel de retrouver un peu de cohérence, d’équilibre et de se réconcilier avec son passé.
Joseph Safieddine a  mis dans cette histoire quelques clins d’œil au Liban où il retourne deux fois par an mais son one shot n’est en rien consacré à ce pays comme on pourrait le croire au premier abord. Il distille son intrigue patiemment, avec pudeur et c’est assez réussi.

L’opus est illustré par un dessin semi-réaliste, efficace et surprenant.

Monsieur Coucou est un album humain et abouti qui parle de l’éloignement avec génie. Il résonnera particulièrement chez ceux qui ont quitté la terre de leurs ancêtres dans des conditions difficiles  mais aussi chez les hommes et les femmes qui comme les auteurs sont riches de deux cultures éloignées.

La lecture de cet album est intéressante, elle offre un éclairage rare et sensible sur une situation loin d’être exceptionnelle dont on parle au final assez peu.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Usva K. dit :

    J’ai énormément aimé cette lecture de début d’année, qui pousse à s’intéreser et à s’informer sur les conflits du XXème siècle que, finalement, nous connaissons assez mal (ou c’est juste moi qui suis inculte ^^).

    Tout à fait d’accord avec toi, un résultat très sensible et humain !

    J'aime

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