Face au mur 2/2

Percutant, brutal et excitant comme un braquage, le second volet de Face au mur est un captivant thriller.

Ecrit et illustré par Laurent Astier, co-scénarisé par l’ancien malfrat Jean -Claude Pautot, il est édité par Casterman.

Il est le fruit d’une collaboration et d’une amitié entre deux hommes qui a démarré à la centrale de Saint-Maur où le dessinateur Stéphanois animait un atelier pour les détenus.

Dans le premier tome, les auteurs avaient abordé l’état d’esprit du criminel aux abois et la paranoïa inhérente à la cavale. Ils nous racontent maintenant une trajectoire complète qui va de la source jusqu’au point de rupture et qui s’interrompt lorsque l’ex-bandit recouvre la liberté. Les deux volets sont complémentaires mais peuvent aussi se lire indépendamment.

Le scénario est assez proche du roman noir américain et d’un excellent livre de James Ellroy ou de Edward Bunker. Le récit est bien construit, il est composé de neuf chapitres qui s’arrêtent chacun sur des moments clés de la vie de notre personnage. Ils ne sont pas présentés chronologiquement mais de façon éclatée sous forme de flash-backs. C’est imaginatif et terriblement efficace.

Avec la voix off de Jean Claude Pautot, on perçoit les états d’âmes de l’ancien gangster , son ressenti et c’est passionnant. Avec sa connaissance du milieu, son expérience, il parvient à retranscrire des scènes réalistes et la tension est rapidement étouffante.

L’ancienne figure du grand banditisme qui a aujourd’hui la soixantaine est désormais libre. Artiste reconverti, il profite du livre dessiné pour donner une leçon expliquant parfaitement que le prix à payer est trop élevé au vu des sacrifices et frustrations générés.

Laurent Astier a effectué un travail titanesque qui transpire aisément à la lecture. Il a collecté une documentation importante dont témoignent les nombreuses coupures de presse qui clôturent le livre. Elles donnent à l’objet un côté investigation fort sympathique.

La prestation graphique est magistrale. Le découpage est inspiré et bluffant, très cinématographique. Le dessin noir et aride adouci par les lavis est splendide et le choix d’une couleur pour chaque épisode est subtil, entraînant et addictif.

Avec cet opus, le quadragénaire confirme qu’il est une valeur montante et qu’il mérite amplement le prix décerné par La nouvelle République à BD Boum cette année. Son style est singulier et son dessin monte progressivement en gamme.

Face au mur est un diptyque convaincant à mi-chemin entre BD et comics, il constituerait un story-board génial, une adaptation pour le neuvième art par un réalisateur clairvoyant ne serait sans doute pas une très grande surprise.

En attendant, je vous invite à vous ruer sur cet album qui est une totale réussite.

 

 

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