Tourner la page

A l’heure où le monde littéraire est en émoi que diriez vous de retrouver ZEP, le papa de Titeuf pour une délicieuse aventure dans le séduisant et bienveillant monde de l’édition ?

C’est chez Rue de Sèvres, que l’auteur prolifique a une nouvelle fois décidé de publier sa dernière BD intitulée Tourner la page, un objet élégant qui dresse un regard critique sur le microcosme littéraire, un univers bien connu de son héros Lambert Delville, un écrivain qui a caracolé jadis au sommet des tops littéraires avant de subir une cruelle descente aux enfers et de connaître les terribles séances de dédicaces désertes, le mépris de la presse et des agents littéraires.

Lambert est une star sur le déclin et il a bien du mal à l’admettre. C’est douloureux, cruel mais c’est ainsi. Même sa femme qui est sur le départ, lui a indiqué, il n’est plus au firmament ce qui le pousse, entre autre, à prendre une décision salutaire, quitter Paris et hisser les voiles, en solitaire, en route pour la grande Mer.

Ce voyage, hélas sera son dernier, du moins c’est ce que tous croient.

Alors que l’homme profite d’un relatif anonymat sur une île splendide, Paris cède aux hommages qui arrivent de partout. Tous célèbrent et honorent son génie jusqu’à ce que tout s’emballe et parte en vrille. Les péripéties s’enchaînent, notre héros est chamboulé par les événements.

Zep jette son regard caustique sur un monde littéraire qu’il connaît parfaitement. Exit les bons sentiments, l’humain reprend vite ses droits et avec lui l’arrivisme, le jalousie et la course au profit. Le syndrome de la page blanche, le doute permanent, il semble connaître son affaire et savoir là encore de quoi il parle.

Tourner la page est une création originale qui témoigne d’un certain recul, d’une grande lucidité. On y parle beaucoup d’ego, comment pourrait-il en être autrement ? L’opus profite d’une mise en scène dynamique composée de cases à l’aquarelle aux contours flous, des tons tantôt sombres ou lumineux qui apportent du souffle, de la sensibilité, de la vie. Le dessin est terriblement efficace.

Je vous recommande vivement cette BD au pays des livres car elle est habilement structurée et agréable à parcourir. Elle vous permettra sans aucun doute de passer un excellent moment.

Bonne lecture. A bientôt.

Chronique de Stéphane Berducat


© Rue de Sèvres, 2026.

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