SCURRY T2: La forêt immergée

La dernière fois que nous avions discuté de Scurry, la série produite par Mac Smith, nos intrépides rongeurs étaient en très mauvaise posture. Alors je vous annonce que cela n’est pas prêt de s’arranger avec la traduction du tome 2 – La Forêt Immergée aux éditions Delcourt.

Les vaines tentatives pour trouver des vivres et empêcher la migration de la colonie des souris s’étaient soldées par un échec. Wix et Pict lancent une ultime campagne pour rejoindre l’autoroute afin de retrouver un poids-lourd abandonné dont la remorque contiendrait assez de nourriture et éviterait le déplacement massif de leurs congénères. A peine le museau dehors, ils furent séparés par une attaque surprise de Titan et sa clique des chats. Wix n’eut d’autre choix que de franchir les barrières interdites de la maison lui servant de terrier pour gagner la forêt tandis que Pict se réfugiait dans un nichoir et finit entre les griffes d’un faucon.

Le courageux Wix tente de suivre la trace du rapace pour secourir son amie. Il s’aventure dans les bois sous le regard perçant et hostile des loups affamés. La situation ne tourne guère à son avantage. Par un heureux hasard, Wix croise le chemin d’un élan majestueux et surtout altruiste à qui il raconte ses tribulations. Atlas le ruminant poussé par un élan de générosité l’embarque sur ses bois et suit la direction qui lui est indiquée.

Pendant ce temps, Pict réfugiée dans sa cage dorée a la (mal)chance qu’une bataille aérienne entre le diurne et des corbeaux fasse chuter l’abri. Elle est parachutée et perdue sur une île mais rencontre Snag l’écureuil qui lui porte assistance. Le quadrupède roublard à la queue touffue accompagne Pict jusqu’au Campement, c’est un lieu tenu par la «congrégation» des castors. Ils seraient en mesure de lui fournir une embarcation de fortune pour pouvoir redescendre la rivière et rejoindre la communauté du mulot plus au Sud.

Qu’est-ce qui peut bien attendre nos sympathiques personnages au coin d’un buisson, d’un tronc d’arbre ou d’un pot de fleurs ? Moultes péripéties pardi qui donneront naissance à des rencontres stupéfiantes, des amitiés saugrenues voire surprenantes.

Mac Smith signe un récit palpitant. Le scénario s’élabore sur la base d’un postulat de départ assez simple puis il s’invente, se rédige chapitre après chapitre avec ingéniosité et sensibilité. L’auteur saupoudre ce deuxième volume de rebondissements et de cliffhangers haletants. Le synopsis défile à fond la caisse. Nous n’avons pas le temps de souffler une minute, nous sommes bercés par un rythme endiablé et infernal. L’auteur réussit le tour de force de rendre ses minuscules créatures attachantes, le lecteur en tombe d’affection. Ceci est une Odyssée non pas d’Homère mais animalière, une œuvre que l’on ne veut pas arrêter de lire. Cette série rafraîchissante n’a rien à envier et soutient hautement la comparaison au Bernard et Bianca de Disney, c’est dire !

Quant à la partie illustrative, elle vient renforcer l’atmosphère de l’histoire. Le stylet de la tablette graphique crayonne librement avec vivacité et délicatesse, quelle maîtrise ! L’image est charnue, faite de synthèse et de beauté. Le découpage ne manque pas de peps. Les divers effets employés inondent tels que la science exacte du mouvement, la vitesse, la pluie ou la brume. Nous ressentons une certaine qualité dans la préparation et l’élaboration, le design est splendide. Mac Smith se trouve continuellement dans la recherche visuelle optimale, son dessin illumine. Les pigmentations numériques ne sont pas en reste, elles pétaradent dans tous les sens. La surbrillance, la saturation et la pénombre sont magnifiquement exploitées. Les aplats de nuances sont à la fête, l’artiste opte pour un travail méticuleux sur le relief. Smith attache beaucoup d’importance aux textures, à l’ombre et aux lumières. Il n’oublie ni les décors et les fonds, en bref, il fignole jusqu’au moindre détail. Le rendu est impeccable.  

Votre estomac crie famine ? Vous voulez casser la gueule à un bout de pain ? Alors dévorez Scurry comme un excellent morceau de Comté bien affiné. Et si vous n’êtes pas spécialement amateurs de fromage, faites comme moi…grignotez sa reliure pendant la lecture. Vive la biodiversité, à la revoyure !

Chronique de Vincent Lapalus

©Delcourt, 2022.

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