The CROW Curare

Il y a parfois des âmes qui ont tellement été tourmentées, qu’elles ne peuvent trouver un semblant de paix ou de repos que dès lors que leurs bourreaux auront payé pour leurs crimes insoutenables. La légende veut qu’un corbeau ramène ces pauvres diables à la vie afin qu’ils puissent se faire justice. Eric Draven et Iris Shaw cèdent leur place à Curare dans le nouveau titre The Crow aux éditions Vestron.

Quelque-part, une fillette meurt dans des circonstances abominables. La petite victime de cette agression brutale est seulement âgée entre sept et neuf ans. Elle a vécu un vrai martyr avant de décéder. La police retrouve son cadavre sur un terrain vague, où le corps fut jeté comme un détritus ou un mouchoir usagé. Personne n’a réclamé sa dépouille, son identité est inconnue mais le prénom de Carrie est brodé sur sa culotte. C’ est d’autant plus blessant lorsque la tragédie frappe les enfants.

Le lieutenant Francis Joseph Salk hérite du dossier de Jane Doe. L’inspecteur est hanté jusque dans sa demeure par la multitude d’investigations sordides auxquelles il a participé. Il n’y a de place que pour le meurtre et la crasse dans ce bas monde. Son métier l’use, le ronge. Salk a vu trop de saloperies, il trouve le réconfort dans la solitude et le fond d’une bouteille. Mais c’est un véritable chien de chasse, son instinct le pousse à continuer. Il est particulièrement obnubilé par cette enquête et fait le tour des agresseurs sexuels. Son jugement est obscurci, le policier craque, il joue du poing pour soutirer le moindre renseignement.

La main de Dieu se réincarne au travers de «Zoizeau», l’oiseau de malheur décide de ramener Carrie parmi les vivants. L’apparition fantomatique de la pitchoune au milieu du salon de Salk va changer la donne. C’est elle qui lui donnera l’indice manquant pour poursuivre l’affaire. Cette nouvelle preuve mènera Salk sur la piste d’une ancienne erreur policière et d’un coupable inculpé de viol sur mineur surnommé «Le Bandit aux chaussures». Le détective deviendra le bras punitif du jeune ectoplasme et appliquera la sanction finale parce que Carrie n’a pas la carrure pour pouvoir mener à terme sa quête vengeresse. L’humanité sera bannie et laissera sa place à la bestialité en ne répondant qu’aux plus bas instincts.   

James O’Barr s’empare d’un fait divers sordide pour construire son intrigue, il se fond dans une dramaturgie assez sombre. Le scénariste ne manque pas de matière vu que la thématique défraie la chronique des journaux régulièrement. Son récit est un long voyage triste, funèbre et cafardeux. L’auteur est allé puiser dans son for intérieur pour décrire les horreurs de l’enfance. Il parsème le livre de ses propres expériences en arrivant à retranscrire parfaitement le ton névrosé et alarmiste du synopsis. La souffrance s’allie à la puissance car The Crow a été pensé pour être un exutoire destiné à libérer toute la rage et la tristesse accumulée. L’atmosphère morbide est trop douloureuse pour qu’il puisse la mettre en image.

Antoine Dodé emploie un crayonné minimaliste, des lignes sensibles et bancales lui permettant de fuir la représentation réaliste. L’artiste préfère divaguer avec un trait rigide et des contours taillés à la serpe. Le dessin est tourmenté, le style se travaille de manière délibérément tordue. Il propose un tracé torturé en osmose avec cette histoire fracturée et éclatée. Pour la colorisation, Dodé déploie une palette de couleurs épousant merveilleusement bien les différentes trames temporelles. Les nuances sépia dépeignent une imagerie monochrome, un aspect du passé. Les tons froids et métalliques accentuent la pâleur des événements tandis que les teintes chaudes représentent le conflit intérieur, l’excès de rage ainsi que la rudesse des sentiments. La colorimétrie joue la carte de la radicalité pigmentée et horrifiée.

Qu’attendre d’autre que de la mélancolie venant d’un titre de la collection The Crow ? C’est à la fois graphiquement gothique, à la tonalité chevaleresque, au climat insoutenable et sauvage. J’espère que vous aurez le cœur bien accroché car la lecture de ce châtiment pessimiste et expéditif risque de vous rendre soit friand ou de vous dévorer intérieurement comme le poison portant son nom.   

Chronique de Vincent Lapalus.

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