Roi du Vent : Un gascon en Patagonie.

Avec Roi du vent : Un Gascon en Patagonie, paru en février 2021, La Boite à Bulles nous offre une très belle bande dessinée peinte à l’aquarelle, colorée et équilibrée, à l’image de sa couverture, qui, j’avoue, m’a vraiment tapé dans l’œil au festival BD Boum de Blois. L’histoire, inspirée de faits réels librement adaptés, peut s’apparenter à un conte illustré. Les auteurs, Fabien Tillon et Gaël Remise, ont choisi de nous raconter l’étonnante aventure d’Antoine de Tounens, et de son rêve, devenir, en 1858, roi du peuple Mapuche… Ce qu’il réussit à devenir ! Du moins, d’une certaine manière… Ainsi l’ouvrage se termine par un entretien avec Frédéric Premier, actuel Prince d’Araucanie et de Patagonie et 6 pages de mise en perspective historique et narrative.
Le récit, écrit à la première personne, nous plonge dans les pensées du personnage durant son épopée, de 1857 à 1876. Ses nombreuses lectures, enfant, ont alimenté et conforté sa volonté d’un destin grand et noble, de « faire plier le monde aux formes de ses rêves ». De Tounens est un homme en rupture, avec les attentes de sa famille, avec la domination occidentale. Qui, paradoxalement, pour unir les tribus de Patagonie et les libérer, s’offre à eux en roi. Les péripéties et la violence ne manquent pas dans un pays où l’armée chilienne est en guerre avec les peuples indiens, et pourtant l’épopée du roi, par moment sanglante, s’apparente également à un songe saupoudré de magie. Le personnage, en errance, est successivement emprisonné, exilé, malade… Il trouve alors refuge dans une navigation solitaire – presque apaisante – au milieu des rivages glacés de sa conscience, faisant glisser le lecteur de page en page jusqu’au dénouement.
Graphiquement, l’ouvrage de 120 pages est construit en séquences colorées assez marquées, travaillées notamment autour du bleu turquoise, du jaune ambré, de l’ocre, du rouge sang, avec des aplats d’aquarelle jouant merveilleusement avec le blanc des pages. Ces séquences, points de repères dans le temps et l’espace, sont rythmées par les plongées dans l’esprit du personnage. Coup de cœur pour la jolie place laissée à la nature et aux paysages, avec de généreuses respirations illustrées en pleine page, qui incitent le lecteur à s’évader aux côtés d’animaux indigènes – quetzal, félin, manchot… Mais aussi à saisir l’intensité de certains passages. Le dessin, libre, fluide, par moment esquisse rappelant les traits d’un carnet de voyage, participe à transporter le lecteur dans l’aventure, et le ramène toujours depuis les villes françaises vers l’océan, la montagne, la pampa et les confins glacés…
Peu importe qu’il s’agisse de ses rêves ou d’aventures vécues, finalement, le lecteur est happé par le désir brûlant du roi d’aboutir dans sa quête, et par sa capacité à surmonter, du moins métaphysiquement, les épreuves. Qui n’a pas rêvé, enfant, d’être du côté des Indiens ?


Chronique de Mélanie Huguet-Friedel. 

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